Conjugaisons du grec ancien
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Le système de conjugaisons du grec ancien est rendu complexe par la richesse des méthodes flexionnelles mises en œuvre ainsi que les traits grammaticaux dénotés. Cet article tentera d'expliquer, d'un point de vue synchronique et diachronique, le fonctionnement général d'un tel système archaïque. Les remarques comparatistes permettront aussi d'intégrer le grec dans le modèle indo-européen : la langue grecque, en effet, par son archaïsme, permet de cerner un bon nombre des problématiques que rencontre le linguiste comparatiste étudiant le système verbal de l'indo-européen. Cet article est donc principalement théorique et s'addresse à des lecteurs ayant déjà quelques connaissances en linguistique.
Le lecteur ne se souciant que de synchronie trouvera en fin d'article un renvoi vers des tableaux de conjugaison synthétiques.
Le duel est cependant d'emploi assez rare. La première personne (« nous deux ») est quasi inexistante. Quant aux deux autres (« vous deux » et « elles/eux deux »), elles ne sont pas obligatoires. Le pluriel se substitue le plus souvent au duel.
Cette opposition est représentée par les désinences : il existe donc, à l'indicatif, un jeu de désinences primaires s'opposant aux désinences secondaires.
Rappelons que la notion de temps est propre à l'indicatif. Aux autres modes (saufs pour des raisons secondaires), seul l'aspect est exprimé. Il faut donc bien prendre conscience qu'un « infinitif présent » grec n'a aucun lien avec le temps présent. Il est plus juste de parler d'un infinitif imperfectif. De même, on peut facilement traduire en français un « impératif aoriste » par un présent, selon le contexte, car il s'agit en fait d'un impératif perfectif. La terminologie de la grammaire scolaire traditionnelle confond les temps et les aspects dans les dénominations des thèmes. En effet, parler d'un présent ailleurs qu'à l'indicatif relève le plus souvent du contresens.
Certaines formations secondaires existent aussi, comme le futur antérieur.
Remarques :
Enfin, tous les verbes ne peuvent pas forcément être conjugués à toutes les voix.
Introduction
Le verbe grec varie selon de nombreux traits grammaticaux.Personnes
Il y a trois personness : première, deuxième et troisième. Seuls les modes personnels sont concernés : ni infinitif ni participe ne se conjuguent. Tout au plus le participe se décline-t-il. D'autre part, si l'impératif possède bien une deuxième personne, il n'a pas de première personne mais une troisième.Nombres
On compte trois nombress : singulier, duel et pluriel.Modes
Il existe en grec ancien six modess :
Les modes impersonnels ne s'accordent pas avec le sujet car ce sont des formes nominales du verbe. L'infinitif est un nom verbal neutre invariable (il prend d'ailleurs l'article neutre quand il est substantivé : γιγνώσκειν, « savoir », τὸ γιγνώσκειν, « le (fait de) savoir ») tandis que le participe correspond à un adjectif verbal s'accordant en genre, nombre et cas avec le terme auquel il se rapporte. Il peut aussi être substantivé et prendre l'article.Temps et aspects
Les trois thèmes
Le verbe grec possède trois thèmess (on nomme ainsi une forme composée d'un radical dans un état donné accompagné souvent d'affixes, laquelle forme est susceptible de recevoir les désinences) dénotant l'aspect verbal : présent, aoriste (ἀόριστος, « non limité », qui correspond, selon le contexte, à plusieurs temps passés du français) et parfait. De manière plus pertinente, il convient de parler des aspects :
Inaccompli et accompli à l'indicatif
À l'indicatif s'ajoute une valeur temporelle qui permet de distinguer entre les temps « présents » (ou plutôt inaccomplis : dont le procès n'est pas encore achevé) et les temps passés (ou accomplis : dont le procès est achevé). On parle alors de temps primaires :
par opposition aux temps secondaires :
Cette opposition se retrouve grosso modo en français où les temps simples sont inaccomplis (je mangeais présente le procès pendant son déroulement) et les temps composés accomplis (j'ai mangé présente un procès fini : on ne peut voir que les reliefs du repas).Le cas du futur
Enfin, le futur, de formation plus récente, n'a, quel que soit le mode, qu'un sens temporel et s'utilise aussi à l'optatif, à l'infinitif et au participe. L'absence de notion aspectuelle qui lui serait liée permet aussi de le classer dans la catégorie de l'aspect zéro. Quoi qu'il en soit, il reste en dehors du système fondamental.Synthèse
En conclusion, on peut dire qu'il existe trois aspects clairement distingués par des thèmes morphologiques distincts auxquels s'ajoutent à l'indicatif deux temps temps secondaires (l'aoriste étant, à l'indicatif, classé parmi les temps secondaires). L'on arrive, à l'indicatif, à six temps. Ce système est directement hérité de celui de l'indo-européen. Pierre Chantraine fait remarquer dans sa Morphologie historique du grec que « Le système verbal indo-européen comportait une structure originale. Plutôt qu'une “conjugaison” systématique, il présentait des thèmes verbaux indépendants : les thèmes verbaux appartenant à une même racine existaient chacun à part et n'étaient liés à chacun des autres par aucune relation nécessaire. » Le grec, cependant, dans un souci de rationalisation a, par analogie, nivellé de nombreuses irrégularités, parvenant à un système mixte de verbes réguliers (dont on peut construire les thèmes par application d'un système prévisible) au milieux de nombreux verbes irréguliers (dont les thèmes ne se laissent pas prévoir).Voix
Le verbe grec se conjugue enfin selon trois voix :
Les voix moyenne et passive sont identiques à tous les thèmes sauf au futur et à l'aoriste. C'est pour cette raison qu'on parle souvent de voix médio-passive. De plus, il existe une série de verbes dits media-tantum (« seulement moyens ») correspondant mutatis mutandis aux verbes déponents du latin. Ils ne se conjuguent qu'au moyen. S'il existe bien quelques verbes media tantum de valeur passive, dans la plupart des cas celle-ci est moyenne, active ou intransitive : le verbe κεῖμαι « je gis » (valeur intransitive), en fait partie, par exemple.Supplétisme
Pour ajouter à la complexité d'un tel système, les cas de supplétisme ne sont pas rares. Ils concernent certains verbes avec lesquels on ne peut pas bâtir régulièrement les trois thèmes aspectuels (voire quatre avec le thème de futur). En effet, certains radicaux portent intrinsèquement un mode de procès qui s'oppose à un thème aspectuel donné. Il faut alors, pour obtenir un des thèmes, remplacer (suppléer) le radical par un autre. Par exemple, un verbe régulier comme λύω, « délier » forme régulièrement ses trois (quatre) thèmes à partir d'un radical unique, λυ- :
Le verbe ὁράω, « voir », au contraire, utilise quatre thèmes issus de trois radicaux différents :
De tels cas se rencontrent pour un petit nombre de verbes, qui sont cependant parmi les plus usuels.
| Thèmes | Modes | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Indicatif | Impératif | Subjonctif | Optatif | Infinitif | Participe | ||
| inaccompli | accompli | ||||||
| Imperfectif présent | X | X | X | X | X | X | X |
| Futur | X | Ø | Ø | Ø | X | X | X |
| Aoriste | Ø | X | X | X | X | X | X |
| Statique parfait | X | X | Ø/X | X | X | X | X |
Au médio-passif, la distribution est quelque peu différente : il faut ajouter un impératif parfait (qui n'existe pas, ou alors de manière secondaire, à l'actif) ainsi que les formes spécifiquement passive du futur et de l'aoriste. On peut donc dire que, pour un verbe régulier donné, il existe :
- 23 paradigmes à l'actif ;
- 34 paradigmes au médio-passif.
Types de conjugaisons
Il existe deux grandes catégories de conjugaisons : les thématiques (ou « verbes en -ω », qui utilisent la voyelle thématique entre le radical et les désinences) et les athématiques (dits « verbes en -μι », sans la voyelle thématique). Ces catégories se divisent en un grand nombre de sous-catégories. Le système verbal est très complexe car la flexion met en œuvre de nombreux procédés comme l'alternance vocalique, la suffixation par le jeu de désinences, l'utilisation d'une voyelle thématique, celle de l'augment et du redoublement.À tous ces procédés s'ajoutent des modifications phonétiques importantes au sein d'un même paradigme qui permettent de dire qu'il existe plus de verbes irréguliers que de réguliers. En effet, seuls les verbes thématiques dont le radical se termine par -ι, -υ, -ευ et -ζω (mais pas tous dans cette dernière catégorie) peuvent être qualifiés de réguliers. Les autres font tous intervenir quelques procédés qui seront détaillés plus loin.
Les différents modèles de conjugaisons seront détaillés au cas par cas.
Composition morphématique d'un verbe grec
Tous les traits grammaticaux étudiés précédemment (personne, nombre, aspect, mode et voix) sont indiqués par les désinences, le degré d'alternance vocalique de la racine, la présence potentielle d'une voyelle thématique et de divers affixes (parmi lesquels on trouve aussi l'augment) et le redoublement).
Par exemple, la forme ἐλύθην, du verbe λύω s'analyse quant à ses morphèmes ainsi :
- ἐ- : augment donc un temps du passé de l'indicatif ;
- λύ- : morphème lexical (ou lexème). C'est le radical ;
- -θη : suffixe passif de formation du futur ou de l'aoriste (l'un des temps du passé). La présence de l'augment permet de savoir qu'il ne peut s'agir que d'un aoriste ;
- l'ensemble ἐλυθη- forme le thème ;
- -ν : désinence secondaire (c'est-à-dire du passé) de première personne du singulier de l'indicatif.
L'on analysera maintenant les principaux morphèmes servant à construire les paradigmes.
Désinences
Consulter l'article complet Conjugaisons du grec ancien (désinences).Voyelle thématique
Affixes aspecto-temporels
Augment et redoublement.
Affixes modaux
Thème morphologique et degré radical
Articles connexes