Eutrophisation
À l'origine, l'eutrophisation d'un milieu aquatique, tel que cours d'eau ou mares, désigne simplement son caractère eutrophe (du grec eu : « bien, vrai » et trophein : « nourrir ») c'est-à-dire riche en éléments nutritifs, sans caractère négatif particulier.
Ce terme est désormais souvent employé pour désigner le déséquilibre qui résulte d'un apport excessif de nutriments : azote (des nitrates par exemple), carbone (carbonates, hydrogénocarbonates, dioxyde de carbone, matières organiques...) et phosphore notamment. Le phosphore étant généralement le facteur limitant dans les milieux aquatiques naturels (loi de Liebig), ce sont ses composés, en particulier les phosphates (orthophosphates, polyphosphates) qui permettent l'emballement du processus. Ce milieu déséquilibré, dystrophe, devient alors hypertrophe.
L'eutrophisation se traduit dans un premier temps par la prolifération des algues et des plantes aquatiques, dopées par cet afflux de nutriments. Le développement de plantes flottantes, telles les lentilles d'eau (Lemna sp.), la respiration et, surtout, la décomposition de ces végétaux provoquent un appauvrissement en oxygène. Il peut en résulter la mort d'organismes aérobies (insectes, crustacés, poissons...), dont la décomposition, consommatrice d'oxygène, amplifie le déséquilibre. Le milieu devient alors rapidement hypoxique puis anoxique, favorable à l'apparition de composés réducteurs.
Ces étapes peuvent constituer un processus naturel, transformant un lac en marais, en prairie puis en forêt ; cette évolution d'un biotope aquatique nécessite toutefois des décennies, voire des siècles. L'accroissement de nos rejets, industriels ou urbains, l'utilisation excessive d'engrais (nitrates, ammonium), la présence de polyphosphates dans les lessives font de l'eutrophisation un processus fréquent, atteignant même les zones océaniques, où sont régulièrement constatés de développements d'algues toxiques, telles Dynophysis, sur les littoraux, par exemple en Bretagne (France). Dans l'acception courante, l'eutrophisation est donc souvent synomyne de pollution, bien que celle-ci puisse revêtir bien d'autres aspects : contamination biologique (bactéries, parasites...), chimique (pesticides, métaux, solvants...) ou physique (chaleur, radionucléides...).
Les inconvénients principaux de l'eutrophisation sont la dimimution de la biodiversité du milieu dit eutrophe (ou eutrophique), la perte de transparence (eaux verdâtres, peu appréciées dans le cas d'une utilisation touristique), les odeurs, avec production de gaz délétères (mercaptans, méthane) et l'envasement.
L'eutrophisation est un révélateur qui nous montre que le milieu naturel ne peut tout accepter et que les capacités d'auto-épuration de l'eau ont une limite. Les moyens de lutte existent :
- utilisation rationnelle d'engrais en agriculture : analyse de la valeur agronomique des sols ;
- remplacement des phosphates des lessives par des agents anti-calcaire sans impact sur l'environnement, tels les zéolites ;
- élimination des matières organiques ainsi que de l'azote et du phosphore par traitement des rejets dans des stations d'épuration (floculation, décantation, filtration, dénitrification, déphosphatation) ;
- formation et sensibilisation : Nous n'héritons pas la Terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants (proverbe indien attribué à A. de St Exupéry).