Gottfried Wilhelm von Leibniz

- La « raison suffisante » :
Répondant à Bayle, il établit la démonstration suivante: si Dieu existe, il est parfait et unique. Or, si Dieu est parfait, il est "nécessairement" tout-puissant, toute bonté et toute justice, toute sagesse. Ainsi, si Dieu existe, il a, par nécessité, pu, voulu et su créer le moins imparfait de tous les mondes imparfaits; le monde le mieux adapté aux fins suprêmes.
En 1759, dans le conte philosophique Candide, Voltaire fait de son personnage Pangloss le porte-parole du providentialisme de Leibniz. Il y déforme volontairement sa doctrine en la réduisant à la formule: « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles ».
Il est à noter que cette formule ne se trouve pas dans l'œuvre leibnizienne.
Jean-Jacques Rousseau rappellera à Voltaire l'aspect contraignant de la démonstration de Leibniz: « Ces questions se rapportent toutes à l'existence de Dieu. (...) Si l'on m'accorde la première proposition, jamais on n'ébranlera les suivantes; si on la nie, il ne faut pas discuter sur ses conséquences.» (Lettre du 18 août 1756)
La critique voltairienne de Leibniz repose sur un contresens, confondant les notions de perfection et d'optimum. D'après Leibniz, tout ne va pas à merveille et tout n'est pas parfait en ce monde. Ce philosophe sait bien que l'univers n'est pas l'Eldorado ni une des "utopies" de "roman", mais l'univers réel, avec son cotrège de maux et d'imperfections. L'erreur de Voltaire, réfutée à l'avance, par Leibniz est de distribuer la perfection de l'ensemble de l'univers à chacun de ses éléments. Si le plus grand ensemble est celui qui comporte le plus grand nombre d'éléments, le plus bel ensemble n'est pas toujours celui dont chaque élément, envisagé séparément, est le plus beau. Pour reprendre ses mots, "la partie du meilleur tout n'est pas nécessairement le meilleur qu'on pouvait faire de cette partie, puisque la partie d'une belle chose n'est pas toujours belle" ; souvent, en effte, "ce sont quelques désordes dans les parties qui relèvent merveilleusement la beauté du tout". Pour mettre en valeur un diamant dans une parure, il faut justement que le fond ne soit pas lui-même en diamant. Quel mérite y aurait-il à être vertueux dans un monde où il serait impossible de faire le mal ? La vertu n'a de valeur qu'en tant qu'elle doit résister au mal moral. Quoi qu'en ait dit Voltaire, le meilleur des mondes n'est pas le monde parfait, puisque c'est en raison même de ses harmonieuses imperfections qu'il est optimal.
- Voir aussi: Caractéristique de Leibnitz
Bibliographie
- Discours de métaphysique, (1686)
- Dissertation sur l'art combinatoire (1690)
- Système nouveau de la nature et de la communication des substances (1695)
- Nouveaux Essais sur L'entendement humain, (1705)
- Essais de théodicée (1710)
- Monadologie (1714)
- Discours touchant la méthode de la certitude et l'art d'inventer
- Les vendredis de la philosophie, 23 avril 2004, lien audio
- Œuvres complètes de Leibniz
- Liens sur Leibniz
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