The IIe concile œcuménique du Vatican reference article from the French Wikipedia on 27-Jul-2004
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IIe concile œcuménique du Vatican

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Le IIe concile œcuménique du Vatican plus fréquemment appelé concile Vatican II (appellation française abrégée promue par l'Église elle-même) voire Vatican II, est un acte politique tendant à replacer l'Église catholique dans le concert des christianismes occidentaux.

Ses actes publiés sont le reflet des décisions du concile prises lors de l'assemblée d'évêques et de théologiens, ouverte par le pape Jean XXIII le 11 octobre 1962, dans la basilique Saint-Pierre de Rome. C'est l'un des événements récents les plus importants de l'Église catholique. Il représente une parenthèse d'espoir dans la vie de l'Église catholique apostolique et romaine puisqu'il avait pour but de résoudre la crise moderniste.

On peut fixer la parenthèse ouvrante à l'année 1961. On commença d'omettre d'exiger de tout prêtre au moment de l'ordination de signer le serment anti-moderniste (motu proprio Sacrorum Antistitum du 8 septembre 1910)

On peut fixer la parenthèse fermante à l'année 1998 qui par le Motu proprio Ad Tuendam Fidem (18 mai 1998) réinstaure trois niveaux de serments d'un contenu voisin à quiconque (laïc ou clerc) ayant une fonction d'enseignement dans la sphère de l'Église catholique romaine. On remarquera un certain durcissement : le serment anti-moderniste ne s'adressait qu'aux clercs. L'obligation de serment imposée aux laïcs montre une certaine reconnaissance de leur rôle.

Le professeur de droit canonique à l'université de Fribourg Werner Böckenförde reconnaît dans une conférence donnée les 3 et 4 octobre 1998 à Würzburg, à l'occasion de la cinquième des rencontres fédérales du Mouvement du Peuple de l'Église « Nous sommes aussi l'Église » (Allemagne) qu'au bout d'un peu plus de 40 ans, rien n'a été mis en œuvre à l'exception de la messe en langues vernaculaires :

« Dix-huit ans après la fin du Concile, le pape actuel en a défini des applications juridiques. En dépit de toutes ses modifications appréciables le Codex Juris Canonici montre à l'évidence qu'aucune conséquence juridique décisive ne devait être tirée du Concile. Le législateur de l'Église — et celui-ci est d'après la constitution de l'Église en dernier ressort le pape seul — s'est montré décidé non seulement à juguler toute remise en question de la structure hiérarchique de l'Église mais aussi à la renforcer encore. »

Table of contents
1 Pourquoi un nouveau concile ?
2 Aggiornamento
3 Ouverture
4 Méthode
5 Inauguration de l'œcuménisme catholique
6 Les résultats du concile
7 Conclusion
8 Annexes

Pourquoi un nouveau concile ?

L'objectif du concile Vatican II avait pour objet de résoudre la crise moderniste. Ainsi l'a reconnu le cardinal cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans un récent entretien à lOsservatore Romano du 17 septembre 2001 :

« Tout de suite après la première guerre mondiale, Romano Guardini lança la formule “ l'Église se réveille dans les âmes ”. Le fruit de ce réveil a été le Concile Vatican II... Pour pouvoir comprendre Vatican II il est nécessaire de jeter un regard sur les années 1920-1960 et de découvrir les grandes lignes et les tendances qui ont convergé dans le Concile La doctrine conciliaire de l'Église. »

Les années 1920-1960 sont dans l'histoire récentes de l'Église catholique celles où s'épanouit la sanction contre tout ce qui est soupçonné de modernisme puis de progressisme — de la condamnation d'Alfred Loisy à la purge de la province dominicaine de France, l'affaire Lagrange et Sertillange, l'affaire des jésuites de Lyon, toutes affaires évoquées par Yves Congar (o.f.p) dans son Journal d'un théologien 1946-1954 publié au CERF en 1999. Tout l'intérêt du témoignage d'Yves Congar tient au fait qu'il devint expert au Concile et donne son témoignage sur les coulisses de celui-ci dans son Journal du Concile (2000, CERF), dont il exigea qu'il ne fut publié qu'à partir de 2000.

L'Église catholique romaine s'est arc-boutée contre la création du mouvement œcuménique de 1928 à 1947 sous l'impulsion de Söderblom et de W.A. Wisser T'Hoof. À cette époque, elle est encore créationniste comme en témoignent les difficultés de Pierre Teilhard de Chardin pour publier tant sa théologie que ses découvertes anthropologiques. Si elle veut continuer de prétendre enseigner la vérité issue des apôtres, elle doit se mettre à jour. Ainsi l'exprime le professeur de droit canonique Werner Böckenförde (op.cit) :

« C'est dans [le] cadre [du concile Vatican II] que la souffrance provoquée par l'Église et ressentie même par des évêques s'est donné libre cours. Compte tenu de tous les compromis qui ont marqué les textes votés un soubresaut a secoué l'Église. Enfin une réaction à l'ultramontanisme du siècle dernier, à l'anti-modernisme du début de ce siècle et à l'étroitesse tout aussi étouffante des années cinquante. Les textes conciliaires et beaucoup parmi leurs commentaires dessinaient un visage plus aimable de l'Eglise. On avait l'impression que la bride était relâchée. Les laïcs prenaient une conscience grandissante de leur valeur, ils se redressaient. Ils ne voulaient plus être seulement l'Église à l'écoute passive, tenue à l'obéissance. »

Pendant ce temps, le monde change : les idées circulent plus vite et souvent sans réflexion religieuse, de nouvelles nations émergent, les techniques nouvelles posent de nouvelles questions auxquelles il faut répondre, comme les balbutiements de la bioéthique, si l'on peut désigner ainsi l'irruption de la contraception dans les familles porto-ricaines choisies comme échantillons pour les essais cliniques de la pilule (1948-1960) par le professeur Gregory Pincus. Le développement de ces travaux sera mis en circulation aux États-Unis d'Amérique par la Food and Drug Administration dès 1962, procurant aux Américaines un confort de vie que les Françaises devront attendre encore 6 ans, retard dans lequel l'Église catholique romaine ne peut renier sa part.

Aggiornamento

Tel est le mot du pape pour lancer cette mise à jour qui s'adresse ad intra et ad extra. 1960, l'année où l'on commence à consulter pour préparer le concile, présente la troisième génération de l'école gratuite et le début de l'accès des masses populaires aux études moyennes. Elles passent de l'alphabétisation, dont l'objectif est le certificat d'études primaires (comme archétype du diplôme de fin d'études primaires) à la culture dont l'objectif est le baccalauréat (comme archétype du succès aux études secondaires). La culture doit composer ; ce ne sera plus la culture classique (humanités, latin, grec, la maîtrise du discours) mais l'essor de la culture scientifique et technique (le savoir-faire), une culture urbaine.

La mise à jour s'adresse au questionnement du laïc cultivé que l'Église catholique romaine n'avait pas à affronter dans le village rural, son fief naturel. Au point que pour le maintenir, elle avait développé le syndicalisme agricole, ferment de modernisation technique et de maintien en ruralité. Mais les syndicats agricoles se sécularisent et l'exode rural dépeuple les campagnes.

C'est la deuxième fois que l'Église catholique romaine affronte le laïc cultivé, la première fois ayant produit la Réforme.

À la ville, c'est-à-dire aux catholiques

Des problèmes doctrinaux et pastoraux se posent, étroitement intriqués, qu'il importe de résoudre pour contrer la sécularisation matérialisée, dans les pays développés du premier monde, à savoir de l'Occident, par les diverses lois de séparation des églises et de l'état ou par les concordats qui en règlent les rapports.

Au monde, c'est-à-dire au delà du catholicisme

Depuis les Lumières (1786, France, édit de tolérance), en même temps que l'antisémitisme solidifie les nationalismes au cours du printemps des peuples, c'est-à-dire le milieu du XIXe siècle, les États s'attachent à donner des droits équivalents aux populations chrétiennes minoritaires, voire aux non-chrétiens.

En France, le mouvement d'assimilation s'étend de 1791 jusqu'au décret Crémieux ; de même entre 1821-1831, en Allemagne et dans l'empire austro-hongrois, même assimilation des juifs au travers de la Haskalah. 1880 voit le retour de l'antisémitisme qui s'étendra jusque 1933 et la Shoah.

Dans les années 1960, on commence de se demander comment penser Dieu après la Shoah.

L'Église catholique romaine commence à soupçonner qu'elle pourrait bien avoir une responsabilité là-dedans, bien motivée par un intense lobbying jésuite. Le début d'un commencement de repentance se fait jour pour avoir prêché la théologie du Vetus Israël/Verus Israël ou avoir parlé de « juif perfide » dans la prière chaque Vendredi saint. Le fruit de ces réflexions se retrouvera dans la constitution Nostra Ætate.

Sur cet aspect, lire Jean Lacouture, Jésuites

Ouverture

Le message aux hommes du pape Jean XXIII lance le concile dans un sens nettement anti-conservateur voire, anti-intégriste. Le programme porte :

  1. sur la « réforme liturgique » des rites et des langues vernaculaires,
  2. sur la « collégialité dans le gouvernement de l'Église catholique romaine ». Ce chapitre est assez mal vécu par le Saint-Office, spécifiquement par son préfet, le cardinal Ottaviani. Depuis la Contre-Réforme, le patron du Saint-Office est le deuxième personnage du Vatican, c'est-à-dire de l'Église catholique romaine. Nombre de préfets du Saint-Office furent élevés à la dignité pontificale. Ce chapitre amène le cardinal Ottaviani à adopter un comportement excessif :
    1. s'absentant des séances et des commissions chaque fois qu'on discute de sujets dont il aimerait qu'ils ne fussent pas abordés,
    2. mettant sa démission dans la balance au besoin,
    3. se vantant de noyauter les commissions soit par des missi dominici, soit en les truffant d'experts déclinants.
  3. sur la « rénovation de l'expression de la doctrine », spécialement sous l'aspect des relations entre les Écritures et la Tradition. Cet aspect n'avait pas été tranché lors du concile Vatican I interrompu par la guerre de 1870 ; on s'était contenté d'entériner l'infaillibilité pontificale, acquise par Pie IX lors de la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception.
La question de la source de la Révélation en était donc restée à la doctrine des deux sources Partim...Partim telle que décrite par le concile de Trente, puis la Tradition avait pris le pas sur les Écritures.
  1. Cette question de l'expression de la doctrine n'est pas sans incidence sur la question œcuménique comme sur le dialogue inter-religieux. Autour des années 1947-1960 s'effondrent les empires coloniaux qui ramène ans les métropoles des populations minoritaires auxquelles les catholiques sont confrontés. La doctrine traditionnelle de la vérité qui serait exclusivement détenue par l'Église catholique romaine au détriment des autres religions ne favorise pas l'épanouissement d'une saine curiosité, partant d'un accueil de l'autre radical qu'est le fidèle d'une autre religion, spécifiquement si celle-ci est non chrétienne.

Deux textes sortirent de cette réflexion qui s'adressent aux catholiques, les invitant à faire un meilleur visage à ces étranges chrétiens que sont les chrétiens autres.
  1. Unitatis Redintegratio (en anglais) parle de « frères séparés » au lieu d'hérétiques mais la perspective demeure de les réintégrer,
  2. Ut Unum Sint (1995) continue à rêver d'une improbable unité doctrinale, comme si la doctrine faisait le chrétien, et comme si les théologies ne s'étaient pas développées depuis le Grand Schisme ou depuis la Réforme.

Méthode

Préparation

Selon le témoignage d'Yves Congar, expert au concile, dans son Journal du concile, ce qui manque le plus, c'est l'organisation et la méthode. Le concile n'éclate pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Dès 1960 des commissions préparatoires ont été garnies de consulteurs cooptés. Yves Congar était l'un d'eux avec Henri de Lubac (s.j.) et Marie-Dominique Chenu (o.f.p.).

Ces consulteurs sont :

Si les Romains se réunissent chaque semaine, il n'en est pas de même des consulteurs étrangers qui reçoivent par courrier, en un temps où le courrier électronique n'existe pas, des notes qui en sont, parfois, à leur cinquième ou sixième état de rédaction. Congar ne pourra se rendre à Rome que trois ou quatre fois avant le concile. Les consulteurs éprouvent des difficultés à présenter leurs remarques, à faire valoir leur argumentation et leurs documents de travail sont peu considérés. Congar se demande si ses travaux de plusieurs dizaines de pages ont été lues ,: pour avoir suivi les cours de Henri Bloecher, théologien du Réveil (fondamentaliste) à l'Institut de théologie protestante de Paris (qui lui seront fermement reprochés, quoiqu'il ait obtenu une autorisation spéciale pour y assister)
  • pour avoir publié Chrétiens désunis (version inédite en ligne avec corrections de l'auteur) en 1937

  • La pusillanimité domine le temps de la préparation. Toute remarque contenant une mise en garde contre une erreur possible même lointaine est accueillie, tandis que tout élargissement est réduit au symbolique. L'absence de Biblistes (qu'ils viennent de l'École biblique et archéologique de Jérusalem ou du Collegium Biblicum) et l'absence de consulteurs orientaux se fera sentir dans la rédaction des textes qui ne reflètent que la théologie latine.

    « Il est évident que le Concile manque de méthode de travail. Il eût fallu qu'il soit préparé non seulement par des Commissions à Rome, mais par les évêques réunis en conférences. Faute de cette préparation, on arrive devant 2400 personnes qui partent de zéro et ont à faire leurs essais au prix de précieuses semaines. » (Congar, op. cit., p. 201)

    L'ambition

    Commencé par Jean XXIII, le concile sera poursuivi à sa mort par Paul VI qui l'achèvera en 1965. Cette succession détermine les deux phases du concile, dont la seconde n'assumera pas l'ambition de la première. Cette ambition ne provoque aucune surprise : les consultations avaient débuté depuis plus d'un an. Les points les plus importants sont que :

    1. la majorité des membres du concile n'est pas préparée et n'a pas d'opinion. Yves Congar, dans son journal, montre la patiente démarche des experts pour les informer des problèmes en suspens qu'ils concerne le travail exégétique, les questions d'ecclésiologie pendantes, entre autres, le rôle des laïcs issus des mouvements d'Action catholique ;
    2. une minorité de théologiens et de chercheurs sont d'accord avec la nécessité d'ouverture, constatant combien leurs travaux sont bloqués par un nombre incroyable de contrôles tâtillons sur des sujets mineurs ou mal compris ;
    3. la Curie, une minorité dans l'Église catholique, agissante dans la mesure où jusqu'ici, elle exerce un pouvoir dans partage, pare à toute éventualité de remise en cause de quoi que ce soit en préparant des Schemata doctrinaux qu'elle espère voir votés sans que le débat s'engage. ;
    4. l'œcuménisme est une nouveauté dans laquelle on voit un danger mais une nécessité politique absolue face aux protestants et aux orthodoxes entrés l'année précédente au C.OE.E.

    Le coup de force des pères conciliaires

    Ce coup de force est décrit en détail par Yves Congar, et conduit à l'instigation des experts parmi lesquels le professeur Hans Küng et le jeune professeur de théologie Joseph Ratzinger, alors ardent défenseur de ce que les groupes issus de la Sapinière nomment modernisme.

    Il se matérialise, dans un premier temps, par l'intervention du cardinal Liénart le 13 octobre 1962, qui demande qu'on remette à plus tard les élections dans les commissions. En effet, des bulletins de vote avec des listes préfabriquées avaient été remises aux évêques afin que ces équipes convinssent à la Curie. Le Saint-Office (ex-Inquisition) avait même communiqué une liste d'évêques à élire à la commission théologique (Congar, op. cit., p. 115).

    La motion lue par le cardinal Liénart était l'œuvre du cardinal Garone, et le cardinal Frings s'y associa aussitôt au nom des cardinaux allemands et autrichiens. Ce cardinal Frings, appelé à un grand rôle dans le concile avait pour consultant deux experts, le professeur Hans Küng et le professeur Joseph Ratzinger, alors l'un des plus jeunes professeurs de théologie.

    Inauguration de l'œcuménisme catholique

    Il demeure que c'est dans un contexte peu ouvert que se réunit le concile : rien ne permettait de prévoir un texte sur l'œcuménisme.

    Au moment où démarre le concile Vatican II, le dialogue inter-religieux a déjà une petite centaine d'années et le mouvement œcuménique une petite cinquantaine. En 1929, Nathan Söderblom, archevêque suédois d'Uppsala a reçu pour son activité le Prix Nobel de la Paix.

    Du côté catholique, on revient de loin :

    1. L'encyclique Mortalium animos de 1928 avait salué la Convention de Stockholm de 1925 par l'annonce que l'Église catholique se sentait la vocation à rassembler toutes églises schismatiques et que leur seule occasion de salut consistait à réintégrer le giron romain.
    2. Toutefois, en 1929, paraît le livre Um kirchliche Einheit, (Stockholm, Lausanne, Rome) d'un jésuite audacieux, Max Pribilla, qui est la première évaluation sérieuse du côté catholique du travail œcuménique.
    3. En 1933, l'abbé Couturier avait introduit en France une pratique déjà ancienne en pays anglophone dans les milieux méthodistes : la « semaine de prière pour l'unité des chrétiens ». Il avait aussi fondé le Groupe des Dombes qui réunit vingt théologiens catholiques et vingt théologiens protestants autour d'un sujet, trois ou quatre fois par an. Ce groupe se coopte sur la base du volontariat et ses participants ne sont aucunement mandatés par leurs Églises respectives.
    4. En 1937, le père Yves Congar publie Chrétiens désunis.

    À cette époque, la perspective est l'unionisme qui, pour le versant catholique préconise le retour au bercail.

    La nouveauté du concile Vatican II est que la perspective œcuménique se matérialise par la présence d'observateurs venus d'autres christianismes. Le mot « observateur » signifie clairement qu'ils n'auront pas voix délibérative mais seulement consultative. Leurs communications seront très écoutées par les pères conciliaires, le plus souvent avec surprise.

    Les observateurs

    1. Edmund Schlink, délégué de l'Église évangélique (i.e. protestante luthérienne) d'Allemagne. C'est un professeur de théologie systématique à l'université de Heidelberg. Il est directeur de l'Institut de recherches œcuméniques qu'il a fondé dans cette université, et participe aux travaux du département Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises fondé en 1947.
    2. Le Chanoine Bernard Pawley, un anglican de la cathédrale d'Ely en Grande-Bretagne, délégué de la Communion anglicane. Le deuxième observateur est l'évêque de Ripon, Angleterre, John Moorman.
    3. L'Église russe hors frontière (orthodoxes non ralliés à Moscou) délègue deux observateurs : Monseigneur Antoine Bartasevic, évêque de Genève et l'archiprêtre Igor Troyanof, recteur des églises de Lausanne et Vevey.
    4. Le chanoine Peter J. Man, observateur pour l'Église Vieille Catholique, professeur d'Écriture sainte au séminaire d'Amersfoort. Il deviendra en 1964, recteur de la cathédrale Vieille Catholique d'Utrecht.
    5. Le pasteur Krysten Skydsgaard, professeur de théologie systématique et directeur de l'Institut œcuménique à l'université de Copenhague, Danemark est délégué par la Fédération Luthérienne Mondiale.
    6. Lukas Visher, pasteur de l'Église réformée de Suisse, est secrétaire du département Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises ; il est délégué par le C.OE.E.
    7. L'évêque Fred P. Corson est l'un des délégués du Conseil mondial méthodiste dont il est le président.
    8. Deux orthodoxes dépendant du patriarcat de Moscou : l'achiprêtre Vitalij Borojov professeur de théologie, il avait été précédemment chargé de préparer l'entrée de son église au C.OE.E, et depuis 1961, il en était le représentant à Genève ainsi que l'archimandrite Valdimir Kodiarov, délégué du patriarcat de Moscou, vice supérieur de la Mission russe à Jérusalem
    9. Oscar Cullmann, théologien protestant, professeur à la Sorbonne et à l'université de Bâle.
    10. Hébert Roux, pasteur de l'Église réformée de France est délégué de l'Alliance presbytérienne Mondiale durant les 2 premières sessions, puis de la Fédération protestante de France pendant les suivantes.
    11. Max Thurian, pasteur réformé et théologien ; il est sous-prieur de la communauté de Taizé, l'une des rares expériences de monachisme protestant. Il se convertira au catholicisme entre les mains de Paul VI et sera ordonné prêtre en 1986. Paul VI lui demandera de garder le secret sur cette conversion, afin de conserver la fiction que Taizé est un lieu protestant.

    Le message est fort : l'Église catholique veut s'ouvrir au monde.

    Un geste fort très tempéré

    En marge du concile, quelques événements montrent combien cette invitation spectaculaire ne va pas de soi.

    Les résultats du concile

    L'abandon de l'antijudaïsme catholique

    C'est le résultat le plus important et le plus constant du concile qui sera complété par la reconnaissance de l'État d'Israël (1993) et la repentance du 12 mars 2000.

    « L'Église ne peut oublier qu'elle a reçu la révélation de l'Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l'antique Alliance, et qu'elle se nourrit de la racine de l'olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l'olivier sauvage que sont les Gentils. L'Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même des deux a fait un seul. »

    Nostra Ætate

    Deux initiatives concrètes communes

    Ce sont les deux seules qui perdurent, avec la liturgie en langue vernaculaire.

    1. Le lectionnaire œcuménique qui prévoit les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui seront lus chaque dimanche à la messe et chaque dimanche au culte. Il prévoit une version longue des textes et une version courte. Dans le catholicisme, ce lectionnaire a force de loi et les lectures sont toujours faites selon la version courte. Dans les « courants historiques » du protestantisme, son usage est optionnel et s'il est utilisé, notamment chez les luthériens, c'est la version longue qui est systématiquement choisie. De part et d'autre, on commence à regretter son vieillissement. S'il prévoit un parcours complet de Bible en trois ans, on constate qu'il est fondé sur un œcuménisme soustractif et, de ce fait, qu'il ne retient aucun passage problématique susceptible d'engager un débat théologique. Aussi, tout un courant, chez les uns comme chez les autres, commence à revendiquer une année D qui s'ajouterait aux années A, B et C et ouvrirait plus largement sur l'Ancien Testament, actuellement majoritairement représenté par les Psaumes.
    2. La Traduction Œcuménique de la Bible ou TOB commencée avec l'épître aux Romains dont se retireront vite les théologiens orthodoxes pour cause de modernisme. On s'accorde à penser actuellement que les notes doctrinales surabondantes comme les textes introductifs à chacun des livres ont mal vieilli. On regrette l'absence de notes de culture biblique.

    Innovation liturgique

    L'un des premiers textes votés concerne la liturgie : elle pourra maintenant être célébrée en langue vernaculaire et non plus en latin (à quelques exceptions près) seulement. On mesure ici le type d'ouverture que Jean XXIII voulait offrir à l'Église.

    Un autre texte concerne la liberté religieuse. L'Église considère que d'autres religions existent : l'Église affirme qu'elles sont fausses du moins en partie, elles doivent tout de même être respectées, de la même manière que la religion catholique doit être respectée par les autres religions. Ceci crée pour le moins une ambiguïté qui n'est toujours pas résolue. Voir Jacques Dupuis.

    D'autres textes concernent le rôle des laïcs, la place des femmes dans l'Église. L'œcuménisme est expliqué ainsi que la nécessité de refaire l'unité de l'Église catholique. Dans l'ensemble, la nécessité d'obtenir un vote à l'unanimité provoque des rédactions de textes ambiguës portant en germe l'échec du concile.

    Essor des relations avec les patriarcats orthodoxes

    À la fin du concile, le pape et le patriarche orthodoxe lèvent les excommunications mutuelles qui datent de 1054. Ce geste fort inaugure un renouveau des relations avec les patriarcats orthodoxes qui culminera avec la déclaration Dominus Jesus, publiée en 2000 dont la confession de foi est non filioquiste. L'effort œcuménique de l'Église romaine est si entièrement limité au christianisme orthodoxe qu'elle en accepte pour la première fois depuis le début de son histoire une concession doctrinale. Cette procédure de non réception passa inaperçue auprès des catholiques.

    Toutefois, la confiance n'est pas rétablie et encore la question des Églises uniates demeure une pomme de discorde. La méthode de réintégration d'une partie des chrétiens nestoriens en 1994, après leur avoir fait renoncer à leur théologie propre, sous le nom de catholiques de rite chaldéen, n'apporte rien pour éclairer cette relation avec les chrétiens orientaux.

    Schisme

    Comme à chaque fin de concile, l'Église catholique connaît un schisme sur son aile droite : la Fraternité Saint-Pie X, emmenée par Mgr Marcel Lefebvre, ancien archevêque de Dakar, dernière incarnation de l'intégrisme catholique ou intégralisme ultramontain, se réfugie d'abord dans une hostilité à peine voilée au nouveau concile. En 1987, c'est la rupture : Mgr Lefebvre ordonne sans autorisation pontificale quatre évêques de sa mouvance. C'est alors l'excommunication et le schisme.

    Conclusion

    Le concile Vatican II n'a pas changé grand chose à l'Église catholique. Un mouvement de « restauration » est en cours depuis 1998 et la liquidation des acquis du concile est à l'ordre du jour comme en témoignaient de nombreux théologiens catholiques et protestants dans une récente émission Agape (transcript de l'émision) sur la télévision française publique France 2.

    L'Église catholique romaine continue d'affirmer ses ambitions théocratiques comme l'atteste sa présence à l'Organisation des Nations unies et son absence au C.OE.E (bien qu'elle entretienne avec des relations de travail régulières) et son intense activité de lobbying auprès des instances de l'Europe au travers de la COMECE.

    Annexes

    Articles connexes

    Liens externes

    Références