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Kenneth Rexroth

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Kenneth Rexroth (22 décembre 1905 - 6 juin 1982), poète américain qui fut l'un des premiers auteurs de son pays à s'interesser à la tradition poétique japonaise, comme les haïkus. Il fut une des figures de proue de la "Renaissance poétique" de San Francisco, et fut une influence reconnue sur la Beat generation, bien qu'il fut critique des évolutions du mouvement et chercha à s'en distancer de son assimilation au mouvement. L'œuvre de Rexroth (qui comprend de la poésie, mais aussi des essais et des publications journalistiques) reflète un interêt et une préoccupation constante pour la vie politique, culturelle, sociale, ainsi que pour l'écologie. Le ton habituel des vers de Rexroth peuvent être rapprochés de ceux de son poète préféré, Du Fu : tantôt révolté par les inégalités qui gangrènent le monde, tantôt émerveillé par le simple fait d'exister; mais toujours sage et profondément humaniste. Il fut un anarchiste engagé, qui se tourna par la suite vers le socialisme et le syndicalisme.

Rexrot est né à South Bend dans l'Indiana, en 1905. Il perdit très tôt sa mère Delia, décédée en 1916. Son adolescence fut partagée entre des études d'art et des petis boulots. Il épousa une illustratrice de Chicago, Andree Dutcher, et parcoururent la côte Ouest américaine pour leur lune de miel. Le couple eut deux filles, Mary et Katherine. Andree mourut de complications liées à son épilepsie en 1940, cette seconde perte acheva de marquer profondément la poésie de Rexroth, qui ne cessera d'aborder leurs décès via des vers méditatifs et poignants.

Rexroth était un autodidacte très instruit, qui relisait chaque année l' Encyclopedia Brittanica, comme on lit un roman. Chacun de ses écrits recèle de références à des thèmes aussi divers que l'anarchie politique, la peinture, la religion, la littérature Chinoise, la philosophie, etc.

On retient aussi de son œuvre The Love Poems of Marichiko, que Rexroth affirma avoir traduit d'un poète antique Japonais (mystification littéraire proche de celle qu'utilisa Pierre Louÿs pour ses Chansons de Bilitis). Lorsqu'il avoua avoir écrit ces poèmes, Rexroth n'en fut pas méprisé mais bien au contraire plus que jamais reconnu pour son talent et l'incroyable étendue de son répertoire poétique, ainsi capable de faire naître de profonds sentiments en se glissant dans la peau d'une poétesse d'un autre temps et d'une autre culture.

Kenneth Rexroth mourut le 6 juin 1982 à Montecito, en Californie.


		

Table of contents
1 Extrait : Requiem pour les morts d'Espagne
2 Bibliographie
3 Sur Kenneth Rexroth

Extrait : Requiem pour les morts d'Espagne


Les vastes constellations géométriques d’hiver

Se lèvent au-dessus de la Sierra Nevada,

Je marche sous les étoiles, les pieds sur la courbure connue de la terre.

Je suis des yeux les clignotants d’un avion,

Rouges et verts, qui s’enfonce grondant vers les Hyades.

La note des moteurs monte, aiguë, faible,

Inaudible enfin, puis les lumières se perdent

Dans la brume au sud-est, aux pieds d’Orion.


Comme le bruit s’éloigne, le froid me saisit et la pensée

Qui s’empare de moi me soulève le cœur. Je vois l’Espagne

Sous le ciel noir battu de vent, la neige qui tournoie légèrement,

Scintille et se déplace au-dessus des terres blafardes,

Et des hommes qui attendent, transis, blottis les uns contre les autres,

Un avion inconnu passant au-dessus de leurs têtes. L’appareil

Dans la brume survole les lignes ennemies vers le sud-est,

Des étincelles sous sa carlingue près de l’horizon.

Quand elles s’effacent la terre frissonne

Et le ronronnement faiblit. Les hommes se détendent un instant

Et redeviennent nerveux dès qu’ils se reprennent à penser.


Je vois les livres avortés, les expériences abandonnées,

Les tableaux arrêtés, les vies interrompues,

Que l’on descend dans les fosses recouvertes du drapeau rouge.

Je vois les cerveaux gris, vifs, brisés et maculés de sang,

Que l’on descend chacun dans son obscurité, inutiles sous la terre.

Seul sur une colline de San Francisco, un cauchemar

Tout à coup m’envahit et des cadavres

Surgis de l’autre côté du monde se pressent contre moi.


Alors, doux au début, riche et puissant ensuite,

J’entends le chant d’une jeune femme.

Les émigrants du coin de la rue veillent

Le corps de leur fils aîné, renversé par un camion sans chauffeur

Qui a dévalé la côte et l’a tué sur le coup.

Les voix l’une après l’autre se joignent au chant.

Orion traverse le méridien vers l’ouest,

Rigel, Bellatrix, Bételgeuse, défilent en ordre,

La grande nébuleuse miroite dans ses reins.


Kenneth Rexroth, 1937, tiré de In What Hour (1940)

Bibliographie

Sur Kenneth Rexroth