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Nombre grammatical

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Le nombre est, en grammaire et linguistique, un trait grammatical caractérisant certains lemmes comme les noms et adjectifs, les pronoms ainsi que les verbes. Dans le système nominal et pronominal, le nombre représente ─ de manière plus ou moins précise ─ la quantité d'unités du lemme (une unité : chat, plusieurs unités : chats). Dans le système verbal, il n'est souvent que la représentation du nombre d'un nom ou d'un pronom liés à ce verbe (jouant le plus souvent le rôle de sujet). On dit dans ce cas que le verbe est accordé en nombre avec cet autre mot, qui n'est pas forcément présent dans l'énoncé mais peut être sous-entendu (en latin : amat « (il) aime » ~ amant « ils aiment » : le pronom sujet n'est pas exprimé mais le verbe sous-entend, respectivement, « un seul sujet à la 3e personne » ~ « plusieurs sujets à la 3e personne »).

Table of contents
1 Types de nombres
2 Expression du nombre
3 Variabilité de l'accord en nombre
4 Collectif et singulatif
5 Articles connexes

Types de nombres

Le nombre doit être distingué de l'utilisation des numéraux qui, eux, indiquent une quantité mathématique précise : en effet, dans la majorité des langues, le nombre ne dénote qu'une quantité vague. Si, dans la plupart des langues indo-européennes modernes, le nombre se limite à une opposition binaire vague (singulier : une unité, pluriel : plusieurs unités), il existe d'autres cas de figure faisant intervenir, au choix : Il est entendu qu'aucune langue n'utilise tous ces nombres. Chacune se sert cependant d'un système d'oppositions : singulier ~ pluriel (français, anglais, turc), singulier ~ duel ~ pluriel (grec ancien, sanskrit), singulier ~ duel ~ paucal ~ pluriel (hopi), etc.

Expression du nombre

Dans les langues flexionnelles

Le nombre, dans les
langues flexionnelles et agglutinantes, est indiqué par la morphologie. Selon que le lemme est un nom, un pronom ou un verbe, l'expression du nombre prendra des formes très variables (telle langue ne fait varier que les pronoms, telle autre les noms, les pronoms et les verbes, etc.). Par exemple, en se limitant au système nominal, le nombre peut être exprimé par :

Dans les exemples suivants, le morphème indiquant le genre est souligné. Noter que dans certaines langues le singulier est aussi bien marqué que les autres genres.

On remarque que dans certaines langues le changement de nombre n'est pas indiqué par un seul procédé : Buch ~ Bücher de l'allemand utilise à la fois la métaphonie (simulfixe) et la suffixation désinentielle.

Même dans les langues flexionnelles, le nombre n'est pas toujours marqué (surtout le singulier, qui constitue souvent le lemme du dictionnaire), d'autant plus quand il serait redondant avec le contexte : en turc, par exemple « chats » se dira kediler mais « deux chats » iki kedi, le nom n'ayant plus besoin d'être marqué, le numéral suffisant.

Dans les langues isolantes

Dans les langues isolantes, le nombre n'est pas indiqué morphologiquement : seul le contexte ou la syntaxe permettent de savoir si l'on a affaire à un singulier ou un pluriel (par exemple). L'utilisation de quantifiants permet aussi les oppositions de nombre : en mandarin, dans la phrase 我買書/我买书 wǒ mǎi shū, mot à mot « je /acheter / livre(s) », 書 renvoie au lemme de « livre » sans indication du nombre. On pourrait traduire par « j'achète un livre » ou « j'achète des livres ». En réalité, il est plus correct de spécifier la quantité : 我買一本書/我买一本书 wǒ mǎi yì běn shū mot à mot « je / achète / un / spécificatif des livres / livre », soit « j'achète un livre », ou bien 兩本書/两本书 liǎng běn shū « deux livres », ou encore 些書/些书 xiē shū « plusieurs livres », etc. 我買書/我买书 wǒ mǎi shū se comprendrait en fait plus comme « j'achète des livres » que comme « j'achète un livre » car la singularité a plus besoin d'être marquée que la pluralité.

Le cas des pronoms personnels

Les pronoms personnels marquent tout de même l'opposition de nombre dans la majorité des langues. En mandarin, par exemple, alors que la notion de nombre est absente du système morphologique ─ qui n'est pas développé, puisque la langue est isolante ─ les pronoms possèdent bien ce trait grammatical : on adjoint le suffixe -們/-们 -men aux pronoms 我 « je », 你 « tu » et 他 « il » pour obtenir 我們/我们 wǒmen « nous », 你們/你们 nǐmen « vous » et 他們/他们 tāmen « ils ».

En effet, distinguer précisément entre je et nous, il et ils, par exemple, est nécessaire à la communication fondamentale.

Variabilité de l'accord en nombre

Dans les langues flexionnelles, outre les noms, les pronoms et les verbes, d'autres classes lexicales sont concernées par le nombre : ce sont essentiellement les déterminants et les adjectifs. Généralement, ils s'accordent en nombre avec les termes qu'ils actualisent. De plus, le verbe pourra s'accorder en nombre avec son sujet, lequel peut être aussi un nom ou un pronom.

Cependant, selon les langues, ces accords sont plus ou moins importants car le nombre de termes susceptibles de varier en nombre diffère d'une langue à l'autre.

Par exemple, le castillan est très redondant puisque si l'on part d'un sujet pluriel comme gatos « chat » que l'on actualise par l'article et un adjectif qualificatif, l'on obtient par exemple los pequeños gatos « les petits chats ». Ce syntagme devenant sujet, le verbe suit le nombre voulu : los pequeños gatos bailan « les petits chats dansent ». Chacun des termes porte une indication du nombre de gatos. Le même syntagme au singulier sera simplement el pequeño gato baila.

Le français s'avère moins redondant puisque la marque du pluriel est souvent purement graphique et ne s'entend pas : dans les petits chats dansent, seul l'article indique phonétiquement le pluriel. En effet, le petit chat danse et les petits chats dansent ne s'opposent qu'en cet endroit : [lə pəti ʃa dɑ̃s] ~ [le pəti ʃa dɑ̃s]. La liaison peut faire apparaître d'autres indices normalement masqués : les enfants [lez‿ɑ̃fɑ̃].

Enfin, en anglais seul le nom, dans un tel syntagme, prend les marques du nombre. Le verbe, à la troisième personne, ne marque que le singulier mais pas le pluriel : the small cat dances ~ the small cats dance. Certains verbes, cependant, possèdent plus de formes : « être » se dit was au singulier des personnes 1 et 3 mais were au pluriel. Comme ce verbe sert d'auxiliaire, l'opposition de nombre peut apparaître plus clairement aux formes composées : the smal cat is dancing ~ the small cats are dancing. D'autres déterminants, cependant, sont variables en nombre, comme les démonstratifs : this ~ these « ce... -ci » / « ces... -ci », that ~ those « ce... -là » / « ces... -là ».

D'autres faits sont notables :

Collectif et singulatif

Le collectif n'est pas forcément recensé parmi les nombres d'une langue. Il peut en effet ne se manifester que dans des cas restreints et ne pas être possible pour tous les mots variables de cette langue. Le singulatif fonctionne de manière similaire.

Collectif

En grec ancien

Par exemple, on trouve un collectif en
grec ancien. Il n'existe qu'au genre neutre, dont le pluriel, quel que soit le modèle de déclinaison, se caractérise par une désinence -ᾰ '(-a bref). Les neutres pluriels appellent un verbe au singulier : τὰ ζῷα τρέχει tà zỗia trékhei et non *τὰ ζῷα τρέχουσιν tà zỗia trékhousin. En effet, cette phrase se traduirait plus justement par « l'ensemble des animaux court » que « les animaux courent ».

En anglais

À l'inverse, en anglais certains termes sont intrinsèquement collectifs mais se présentent comme des singuliers et demandent, dans la langue soutenue, un verbe au pluriel : c'est le cas pour police, government ou encore team. On dira donc the police are arriving (« les personnes appartenant à la police arrivent ») au lieu de the police is arriving pour « la police arrive ». Un pluriel comme the governments signifiera non plus « l'ensemble des membres d'un gouvernement » mais « les gouvernements (de plusieurs pays, de plusieurs types) », la valeur collective disparaissant.

Les indénombrables, cependant, sont morphologiquement des singuliers et exigent bien un verbe au singulier, au contraire des termes précédents, et ne peuvent donc pas prendre l'article indéfini : luggage « bagages » ou news « nouvelles ». Par exemple : my luggage is very heavy et non *... are very heavy, « mes bagages sont très lourds ». On retrouve là une structure proche de celle du grec puisqu'il faut comprendre « l'ensemble des baggages », d'où le verbe au singulier.

Pour ne désigner qu'une partie de ces collectifs, il faut utiliser une structure s'apparentant à un singulatif, c'est-à-dire un singulier issu d'un pluriel : a piece of news « une nouvelle » mais non *a news (et encore moins *a new). The news ou the luggage restent corrects puisque the sert aux deux nombres.

En français

Certains termes français sont toujours au singulier mais de sens collectif. C'est le cas pour (le) personnel, (le) matériel, (le) merveilleux, etc. On ne devrait donc pas employer de pluriel avec ces termes. Pour désigner une unité de ces collectifs, il faut utiliser une structure singulative (c'est ce que l'on fait aussi en anglais) comme « un membre du personnel»  ou « un élément du matériel », périphrases qu'on peut ensuite passer au pluriel : « plusieurs membres du personnel sont partis ».

Dans la langue administrative, cependant, s'est développé l'usage du pluriel les personnels pour désigner les membres du personnel. Bien que normativement incorrecte, cette structure est compréhensible. Elle n'est cependant pas nécessaire puisque personnel dénote déjà l'idée d'ensemble, de groupe de personnes. Il s'agit là, plus qu'un pluriel, d'une forme secondaire issue d'un collectif, qui ne porte pas de nom mais qu'on pourrait désigner par pluratif ou plurielatif, sur le modèle de singulatif.

Singulatif en breton

Le singulatif se retrouve dans d'autres langues : on peut le définir comme une forme au singulier marquée tandis que le pluriel (ou duel, etc.) ne l'est pas. Le breton (mais aussi d'autres langues celtiques) est célèbre pour ce trait original : la forme non marquée pour « arbre » est gwez, au pluriel-collectif, tandis que le singulatif est gwez-enn (« un seul arbre »).

Articles connexes