Salvador Allende
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Salvador Allende Gossens (26 juillet 1908 - 11 septembre 1973) a été président du Chili du 15 novembre 1970 au 11 septembre 1973.
| Table of contents |
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2 Le programme de l'Unité Populaire 3 La voie chilienne vers le socialisme 4 Vers le coup d'État |
En 1933, Salvador Allende, docteur en médecine, né à Valparaiso en 1908, fonde avec quelques amis le Parti Socialiste du Chili. Quatre ans plus tard, il sera élu à la Chambre basse du Congrès. Deux ans après, il deviendra le Ministre de la Santé du gouvernement présidé par Aguirre Cerdá. En 1945, Allende est élu sénateur, siège qu'il occupera pendant un quart de siècle.
Si la carrière législative d'Allende était un succès, on ne pouvait en dire autant de ses tentatives pour accéder au sommet du Pouvoir exécutif. À partir de 1952, il ne cessa de récolter échec sur échec jusqu'à ce que, aux élections de 1970, la possibilité d'une victoire semblât à portée de main sous la bannière de ce qui sera appelé la "voie chilienne vers le socialisme", l'instauration d'un système socialiste via la mise en pratique d'une série de mesures législatives légales et démocratiques. D'un autre côté, les options du centre et de la droite, face à Allende, n'étaient pas excellentes en 1970. Le gouvernement sortant d'Eduardo Frei, partisan de la "révolution dans la liberté", avait mené à bien un programme clairement réformiste qui incluait la légalisation des syndicats paysans et une augmentation du budget de l'éducation. Cependant, l'inflation avait crû jusqu'à atteindre 35% et, surtout, les possibilités de présenter un front uni contre Allende étaient faibles. Frei, qui aurait pu être un rival de poids, ne pouvait, constitutionnellement, se présenter pour un second mandat. Les démocrates-chrétiens voyaient en Radomiro Tomic, ancien ambassadeur à Washington, leur candidat idéal. Celui-ci était partisan d'une politique plus orienté à gauche encore que celle de Frei - Allende arriva même à dire que certains points du programme de Frei allaient plus loin que le sien - et la droite ne montrait aucun désir de l'appuyer. À dix mois des élections, la droite se choisit comme candidat Jorge Alessandri, un ancien président qui avait déjà vaincu Allende auparavant.
Face à la droite divisée, se présentait une multiple option de gauches qui allait du parti socialiste d'Allende à cinq autres partis parmi lesquels se trouvait le communiste. Pour ces derniers, le programme d'Allende - réforme agraire, nationalisation de l'industrie du cuivre et amélioration de la santé - n'allait pas plus loin que celui présenté par Tomic. Allende était conscient que les possibilités de victoire étaient à ce moment plus fortes que jamais et pesa de tout son poids pour forger une coalition des gauches qui puisse défaire les droites divisées. Ainsi, au début de l'été 1970, naquit l'Unité Populaire (UP) avec Allende comme tête de liste.
Le 4 septembre 1970, Salvador Allende, candidat de l'Unité Populaire (coalition de six partis), obtint 36,30% des voix aux élections présidentielles chiliennes face aux candidats Jorge Alessandri, du Parti National (34,98%) et Radomiro Tomic, de la Démocratie Chrétienne (27,84%). La gauche ne représentait donc qu'un tiers de la population. La constitution ne prévoyant pas de second tour, Allende fut désigné - et non pas élu - à la présidence par la chambre des députés, comme le prévoyait la constitution dans un tel cas, avec l'appui des démocrates chrétiens qui avaient fait signer à Allende un pacte de respect de la constitution chilienne.
Pour les dirigeants du Parti Radical : "Seulement en dehors du système capitaliste se trouve la possibilité d'une solution pour la classe travailleuse" ; "Le Parti Radical est socialiste et sa lutte est dirigée en vue de la construction d'une société socialiste" ; "Nous acceptons le matérialisme historique et l'idée de la lutte des classes comme moyen pour interpréter l'histoire" (Déclaration politico-idéologique approuvée lors le la 25e Convention nationale du Parti Radical en 1971). Pour le Parti Socialiste : "La violence révolutionnaire est inévitable et légitime. Il est le résultat nécessaire du caractère violent et répressif de l'État-classe. Elle constitue l'unique chemin qui mène à la prise du pouvoir politique et économique et à sa défense". "Il est possible pour le gouvernement de détruire les bases du système capitaliste de production. En créant et en élargissant l'aire de 'propriété sociale' aux dépens des entreprises capitalistes et de la bourgeoisie monopolistique, nous pourrons leur quitter le pouvoir économique" ; "L'état bourgeois au Chili ne peut servir de base au socialisme, il est nécessaire de le détruire. Pour construire le socialisme, les travailleurs chiliens doivent dominer la classe moyenne pour s'emparer du pouvoir total et exproprier graduellement tout le capital privé. C'est ce qui s'appelle la dictature du prolétariat" (Convention de Chillán de 1967). Allende confirma lui-même cette vision politique dans un entretien avec Régis Debray où il déclara que la signature du pacte de respect de la constitution n'était qu'une concession tactique.
Pour réaliser ce programme révolutionnaire, de "transition démocratique vers le socialisme", le gouvernement d'Allende employa plusieurs méthodes : l'intervention directe dans les entreprises, l'acquisition d'actions par l'État grâce aux réserves budgétaires et à déficit public massif, les réquisitions légales d'entreprises privées grâce à l'opération connue sous le nom d'Opération asphyxie. Pour ce genre d'opération, la tactique consistait à provoquer, grâce aux cellules de l'Unité Populaire et du Front des Travailleurs Révolutionnaires (le syndicat du groupe terroriste Mouvement de la Gauche Révolutionnaire, coupables de plusieurs centaines d'assassinats), des conflits sociaux et des grèves dans les entreprises privées pour ensuite les accuser de ne pouvoir maintenir la production et appliquer ainsi le décret-loi 520 de 1932 qui autorisait l'intervention du pouvoir central dans toutes les industries productrices d'articles de première nécessité. Dans une interview reprise par Der Spiegel, le Ministre de l'Économie, Carlos Matus confessait : "Si l'on considère la situation sur bases des critères économiques conventionnels, nous nous trouvons, en effet, en crise... Mais ce qui est une crise pour les uns est pour nous une solution".
Le gouvernement d'Allende s'empara également du système bancaire chilien. La prise de contrôle s'effectua par l'achat massif d'actions des banques privées grâce aux fonds publics (obtenus par une forte imposition ou par le recours à la planche à billet). Dans certaines occasion, la simple menace suffisait pour semer la panique chez les actionnaires et faire chuter les actions pour les acquérir à vil prix. L'inflation galopante ainsi créé et les "mesures destinées à la combattre" permirent d'établir un contrôle policier sur la population, qui aurait été autrement inacceptable. Cette inflation justifia l'imposition de prix maximum qui conduisit automatiquement (par manque de rentabilité) à une rupture de l'approvisionnement. Celle-ci servit de prétexte au gouvernement pour imposer un système de rationnement - chose jamais vue dans toute l'histoire du Chili - qui permit d'octroyer aux Juntes d'approvisionnement contrôlées par les marxistes, des pouvoirs considérables pour contrôler la vie quotidienne des citoyens. Dans le même temps, en maintenant bas, par décret, les salaires des travailleurs qualifiés et des professions libérales, alors que se déchaînait l'inflation, le gouvernement affaiblissait la classe moyenne. Une des autres cibles du gouvernement Allende fut la presse et la liberté d'expression : attaques contre les journaux Mercurio,Tribuna, Mañana ; nationalisation de la maison d'édition Zig-Zag ; emploi de la torture (cas du directeur Maximiano Errázuriz, par exemple) et harcèlements de journalistes ; tracasseries multiples contre la chaîne de télévision Canal 13, etc.
Trois années d'expérimentations socialistes suffirent pour que le Chili se trouvât au bord de la guerre civile. Le pays finalement resta sans réserves, ne fut-ce que pour importer les denrées les plus élémentaires (le 7 septembre 1973, le gouvernement Allende annonçait que les réserves de farine ne pouvaient couvrir que quatre jours). La production avait chuté de 10% chaque année après que les industries aient été nationalisées et dirigées par des commissaires politiques incapables, en remplacement des anciens propriétaires ou administrateurs. Suite à une hyper-inflation (de 500% en septembre 1973), les commerces étaient désapprovisionnés et la majorité des biens de première nécessité ne pouvaient se trouver qu'au marché noir. Finalement, la crispation sociale apparut de forme évidente.
Avec la connivence du gouvernement Allende, de grands stocks d'armes (principalement tchécoslovaque) étaient introduits dans le pays et accumulés par les marxistes. Comme ce fut le cas avec l'envoi, en mars 1972, de treize caisse de "cadeaux personnels" de Castro à Allende qui furent arrêtés à la douane chilienne : une tonne d'armes et de munitions que le Ministre de l'Intérieur emporta vers la maison de Allende de la rue Tomas Moro. Avec ces armes, le Mouvement de la Gauche Révolutionnaire (MIR) développait une stratégie de "pouvoir dual" parallèle au gouvernement, avec des milices entraînées par 2.000 assesseurs, essentiellement castristes, nord-coréen et tchèques. L'objectif était de faciliter la transition au socialisme par le biais d'occupation illégales de terres et d'entreprises, ainsi que l'assassinat d'opposants - le plus marquant étant celui de Pérez Zujovic, démocrate-chrétien, ancien vice-président et ministre du gouvernement Frei, prédécesseur de celui de Allende. Les marxistes se préparaient également à une guerre civile contre les Forces armées (et ce alors que le Chili était le seul pays latino-américain où l'armée n'était plus intervenu politiquement depuis plus d'un demi-siècle).
Le pouvoir législatif, majoritairement hostile au gouvernement Allende dès 1972, ne pouvait démettre le président. Pire, ce dernier bafouait le parlement lorsque, chaque fois qu'un de ses ministres était renversé par une motion de censure, il le gardait dans son gouvernement, mais avec un autre portefeuille. Finalement, après la Cour Suprême -qui, le 26 mai 1973, avait adressé une énième protestation contre les violations sans cesse répétées par l'exécutif des décisions de justice des tribunaux (Allende y répondra en déclarant qu'en période de révolution, c'était au pouvoir politique de décider de l'opportunité de l'application des décisions judiciaires) -, le parlement, le 23 août 1973, dans une résolution, approuvée à 81 voix contre 47, après le rappel des innombrables violations constitutionnelles et légales du gouvernement Allende, demande aux autorités et aux forces armées de mettre fin immédiatement aux situations de fait dont ils étaient fait mention. Finalement, le 11 septembre 1973 à 9 h du matin, le palais présidentiel est assiégé par l'armée sous le commandement de Pinochet (Coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili). On offre à Allende de s'exiler, mais, refusant de se rendre, il se suicidera. Un gouvernement militaire s'installe dirigé par Pinochet.Vers l'Unité populaire
Le programme de l'Unité Populaire
La voie chilienne vers le socialisme
Vers le coup d'État