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Sparte

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Histoire > Antiquité > Grèce antique


Sparte (en grec Σπάρτη [Spartê], en dorien Σπάρτα [Sparta]), ou Lacédémone (en grec Λακεδαίμων [Lakedaimôn]) est une ancienne ville grecque du Péloponnèse, située sur l'Eurotas, dans la plaine de Laconie, entre le Taygète et le Parnon. Elle était la capitale de la Laconie et l'une des cités-États les plus puissantes de la Grèce antique avec Athènes et Thèbes.

Table of contents
1 Histoire
2 Organisation sociale
3 Système politique
4 La religion à Sparte
5 Un « mirage spartiate » ?
6 Sources historiques
7 Voir aussi
8 Bibliographie

Histoire

Pendant l'époque archaïque, Sparte émerge comme la première des cités grecques, championne de la Grèce pendant les Guerres médiques. Au Ve siècle av. J.-C, elle devient rivale d'Athènes, livrant contre elle la longue Guerre du Péloponnèse. La victoire lui donne l'hégémonie, mais celle-ci est de courte durée : rapidement, l'irruption de la Macédoine dans le jeu politique des cités grecques la relègue au même rang que les autres. Une décadence de ses institutions et de ses coutumes la plonge dans un marasme qui la conduit à être vaincue et occupée suite à la bataille de Leuctres en -371, puis à subir l'hégémonie de la Ligue achéenne, et enfin, la domination de Rome.

Voir l'article Histoire de Sparte.

Organisation sociale

Population

Au Ve siècle av. J.-C, les Spartiates à proprement parler (Ὃμοιοι [Homoioi], « les égaux, les pairs ») représentent une faible partie de la population globale de la cité. En 480, le roi Démarate estime le nombre des hoplites mobilisables à un peu plus de 8 000 (Hérodote, VII, 234). Ce nombre chute tout au long du Ve siècle, principalement en raison du tremblement de terre de 464, qui selon Plutarque (Cimon, 16, 4-5), détruit le gymnase, tuant ainsi tous les éphèbes, et de la révolte des hilotes (10 ans de guérilla). Ainsi, à la bataille de Leuctres (371), il n'y a plus que 1 200 hoplites mobilisables, dont 400 meurent au cours du combat.

Le nombre de Périèques est supérieur au nombre d'Égaux. On peut penser qu'il y avait environ cent agglomérations périèques (Sparte était surnommée, dit Strabon, la « cité aux cent villes »). Les hilotes (Εἵλωτες, esclaves), eux, peuvent être estimés de 150 000 à 200 000. D'après Thucydide, c'est le plus important groupe servile de Grèce.

Les citoyens

Seuls jouissent de droits politiques les Spartiates à proprement parler, aussi appelés ἄστοι (astoi « citadins », terme plus aristocratique que l'habituel πολίτης politês), ou encore Ὃμοιοι (Homoioi), traduit traditionnellement par « les Égaux », qui signifie plutôt « les Pairs ». Il n'est pas certain que tous les Spartiates soient des Homoioi : certains citoyens, considérés comme des lâches (κακοί kakoi) au combat, sont soumis à toutes sortes de brimades et de vexations : obligation de payer la taxe des célibataires, rejet dans les équipes de ballon et les chœurs. Ils ne cessent pas d'être citoyens, mais deviennent de seconde zone. De même, pour être véritablement spartiate, il faut :

Le terme Homoioi témoigne, selon Thucydide, du fait qu'à Sparte « s'est instaurée la plus grande égalité dans les genres de vie entre les possédants et le grand nombre » (I, 6, 4) : tous mènent une vie commune et austère.

Les non-citoyens : Hilotes et Périèques

Les Hilotes sont les paysans de Sparte. Leur statut est créé avec la réforme de Lycurgue. Ils ne sont pas à proprement parler des esclaves, mais des serfs :

Exceptionnellement, ils sont enrôlés pour combattre, et peuvent être affranchis ensuite. Thucydide affirme qu'ils disparaissent ensuite (pour ne pas donner un exemple de courage aux autres Hilotes ?). Plus nombreux que les Égaux, ils ont subi la réforme de Lycurgue en étant mis à l'écart. Craignant leur révolte, les Spartiates leur déclarent solennellement la guerre chaque année, les avilissent en permanence, les terrorisent.

Voir l'article Hilotes.

De la même façon, les Périèques (habitants du pourtour) ne sont pas intégrés au corps civique par la réforme, et ne bénéficient d'aucun droit politique. Bien que libres, ils ne sont jamais consultés pour les décisions. Ils ont le monopole du commerce, de l'artisanat. Ils comptent des paysans, refoulés sur les terres médiocres.

Voir l'article Périèques.

L'éducation spartiate

L'éducation à Sparte, à partir de Lycurgue, présente les particularités d'être obligatoire, collective et organisée par la cité. D'abord, le nouveau-né spartiate est examiné par une commission d'anciens au Lesché pour déterminer s'il est beau et bien formé. Sinon, il est considéré comme une bouche inutile, une charge pour la cité : il est jeté dans le gouffre

Ensuite, de 7 à 20 ans, le jeune Spartiate vit en groupe, dans des conditions para-militaires, hors de la tutelle parentale. Cette éducation, ἀγωγή (agôgè), est caractérisée par sa dureté et vise à former des soldats obéissants, efficaces et attachés au bien de la cité avant leur gloire ou leur bien-être personnel. Elle s'étend également aux filles, dans le but de produire des mères fortes et saines, aptes à engendrer des enfants vigoureux. Symbole de l'« exception spartiate », elle est également mal connue, les auteurs ayant insisté sur ses points les plus particuliers et sans doute les plus tardifs.

Voir l'article Éducation spartiate.

Système politique

Le système politique spartiate, ainsi que le système d'éducation, sont censés être l'œuvre du mythique Lycurgue au VIIe siècle av. J.-C, bien que Plutarque le situe au IXe ou au VIIIe siècle av. J.-C Fils d'un roi spartiate, ce dernier serait allé au sanctuaire de Delphes consulter la Pythie, et en aurait rapporté la future constitution spartiate, la Grande Rhêtra (μεγάλη ῥήτρα megalê rhêtra). Probablement non écrite, cette constitution est élaborée à l'issue des longues guerres de Messénie, qui fragilisent l'aristocratie et l'ensemble de la cité. Pour permettre à la cité de subsister, l'eunomia (égalité de la loi pour tous) est alors instituée, censée résoudre mécontentements et privilèges. Mais à la différence d'Athènes, l'eunomia est synonyme de grande discipline. Toutes les composantes de la cité font des sacrifices : la royauté, l'aristocratie, le peuple.

Le système de Lycurgue fait coexister des éléments de trois régimes :

Leunomia totale

Il est évident que la crise du VIIe siècle av. J.-C n'a pu être résolue que par la création d'une armée d'hoplites, succédant aux guerriers à cheval ou en chars peu nombreux. C'est la création de cette classe de citoyens, par l'absorption de l'aristocratie foncière dans la masse populaire, qui fonde l'eunomia (εὐνομία, de εὖ, « bien » et νόμος, « la coutume, la loi »).

Cette absorption a été poussée très loin, afin de créer une égalité totale :

L'assemblée

L'assemblée (Ἀπελλά [Apella]) est le rassemblement des Égaux. Elle est rassemblée à dates fixes.

Les projets mis en forme par la gerousia lui sont soumis. Elle approuve ou non, sans les discuter (aucun citoyen ne prend la parole), les amendements proposés par les éphores. Elle vote les décisions par acclamations, ou, beaucoup plus rarement, par déplacement des votants, mais son vote ne lie pas la gerousia qui peut considérer que le peuple s'est trompé.

Elle élit également les éphores et les gérontes, par un procédé qui paraît puéril à Aristote : des individus enfermés dans un lieu clos mesurent l'intensité des acclamations. Son fonctionnement réel nous est peu connu. On ignore si tous les Spartiates pouvaient y prendre la parole, par exemple pour proposer une loi ou un amendement, ou si l'assemblée se contentait d'élire les éphores et des gérontes.

Pour Aristote, l'assemblée a un pouvoir si faible qu'il ne la mentionne même pas comme élément démocratique du régime spartiate.

Les rois

À partir de la réforme de Lycurgue au VIIe siècle av. J.-C, Sparte possède deux rois (ἀρχαγέται [arkhagetai], de ἀρχή [archê], le commandement). L'un fait partie de la famille des Agiades (Ἀγιάδαι), l'autre celle des Eurypontides (Εὐρυποντίδαι), deux familles issues, selon la légende, de jumeaux descendants d'Héraclès. Les familles ne peuvent se marier entre elles, et leurs tombeaux se trouvent en des endroits différents. Les deux rois sont supposés égaux.

Le pouvoir royal se transmet au « plus proche descendant du plus proche détenteur du pouvoir le plus royal » (Pierre Carlier, La royauté en Grèce avant Alexandre, AECR, 1984), c'est-à-dire que le fils passe avant le frère, qu'il y a droit d'aînesse mais que le fils né quand le père est déjà roi prime sur ceux pour lesquels ça n'est pas le cas. Néanmoins, il semble que les Spartiates interprètent de manière libérale cette règle de succession.

Les pouvoirs des rois sont essentiellement militaires et religieux. Aux débuts, les rois peuvent mener la guerre contre le pays de leur choix, et leur pouvoir est collégial. En 506, c'est le fameux « divorce d'Éleusis » et par la suite les rois mènent campagne seuls. Au Ve siècle av. J.-C, en outre, c'est l'Assemblée qui vote la guerre, et les éphores qui décident de la mobilisation. Quoi qu'il en soit, le roi en campagne est le commandant en chef (ἡγεμών [hêgemôn]). Il prime sur les autres généraux, peut conlure les trêves, et combat au premier rang à l'aile droite, protégé par sa garde d'honneur de cent hommes, les Hippeis (Ἱππείς).

Voir l'article Rois de Sparte

La gérousie

La gérousie (γερουσία) est une assemblée de 28 hommes âgés de plus de 60 ans, élus à vie par acclamation à l'Assemblée, après acte de candidature, et des deux rois. Choisis en fonction de leur vertu militaire, la plupart des gérontes appartiennent aux grandes familles de Sparte. Cependant, chaque citoyen, sans condition de fortune ou de rang, pouvait se porter candidat. Ces différents critères de choix en font l'instrument du conservatisme.

Ils jouent un rôle politique éminent : ils sont seuls à pouvoir préparer les lois, et à en avoir l'initiative. Ils ont l'équivalent d'un droit de veto sur les votes de l'apella. Ils gèrent toutes les affaires de politique intérieure. Ils jugent les rois. Ils ne rendent pas de compte. Jusqu'au IIIe siècle av. J.-C, on ne connaît aucun veto de la gérousie.

Ils constituent également le tribunal suprême, qui juge les crimes et prononce la peine de mort et la perte des droits civiques.

Voir aussi l'article gérousie.

Les éphores

Les éphores (ἔφοροι ephoroi) sont un directoire qui constitue de véritables antagonistes aux rois. Ils étaient présents avant la réforme de Lycurgue. Ils sont élus pour un an par l'assemblée, et non rééligibles.

Comme leur nom l'indique (ὁράω oraô, surveiller), ils sont chargés de surveiller les rois, dédoublés, et également les habitants de la cité, et notamment de s'assurer du respect des traditions. Ils peuvent infliger des amendes, des peines de prison (même aux rois) et ordonner des exécutions (notamment, faire exécuter sans jugement des hilotes, comme pendant la kryptie). Ils sont également chargés des affaires étrangères, exécutent les décisions de l'assemblée (qu'ils président), ordonnent la mobilisation et prendre d'eux-mêmes des décisions urgentes. L'un d'entre eux (on ne sait comment il est choisi) donne son nom à l'année. Choisis parmi les citoyens d'extraction modeste, ils sont un élément d'égalitarisme dans la société spartiate.

Leur pouvoir est si grand qu'Aristote le qualifie d'égal à celui des tyrans (ἰσοτύραννος). En fait, ils sont censés représenter le peuple. Cicéron, dans La République, les compare aux tribuns de la plèbe. Tous les mois, les rois jurent de respecter les lois, et les éphores de maintenir la royauté. Leur pouvoir a des bornes : ils ne sont pas rééligibles, ils sont soumis à reddition de comptes sur initiative de leurs successeurs et peuvent être mis à mort à cette occasion.

Voir l'article éphore.

La religion à Sparte

La religion occupe à Sparte une place plus importante que dans les autres cités. En témoigne le nombre de temples et de sanctuaires : 43 temples de divinités (ἱερόν hiéron), 22 temples de héros (ἡρῷον hérôon), une quinzaine de statues de dieux et quatre autels. Il faut y ajouter les monuments funéraires, nombreux puisque Sparte enterre ses morts à l'intérieur de son enceinte, dont certains sont aussi des lieux de culte : c'est le cas de ceux de Lycurgue, Léonidas Ier ou encore Pausanias Ier.

Cultes et divinités

Les divinités féminines jouent un rôle plus important qu'ailleurs : sur 50 temples mentionnés par Pausanias, 34 sont consacrés à des déesses. Athéna, sous un grand nombre d'épiclèses, est la plus honorée de toutes. Apollon n'a que peu de temples, mais son importance est cruciale : il joue un rôle dans toutes les grandes fêtes spartiates, et le plus important monument religieux de Laconie est le trône d'Apollon à Amyclées.

Un autre trait particulier est le culte voué aux héros de la guerre de Troie. Achille est, selon Anaxagore, « honoré comme un dieu », et il a deux sanctuaires. De même, sont vénérés Agamemnon, Cassandre (sous le nom d'Alexandra), Clytemnestre, Ménélas ou encore Hélène.

Sparte rend également un culte important à Castor et Pollux, les Dioscures, jumeaux de Zeus. Pindare en fait les « intendants de Sparte », et la tradition fait de la cité leur lieu de naissance. Leur dualité rappelle celle des rois. Un certain nombre de miracles leur est attribué, surtout dans la défense des armées spartiates (ils partent en campagne aux côtés des rois, représentés par des amphores jumelles).

Enfin, Héraclès est également à Sparte une sorte de héros national. Il est réputé avoir aidé Tyndare à recouvrer son trône. C'est lui qui aurait bâti dans la cité le temple d'Asclépios. Les douze travaux sont amplement représentés dans l'iconographie spartiate. C'est typiquement la divinité des jeunes.

Sacrifices et signes divins

Par conséquent, les prêtres jouissent d'une place particulièrement importante. Les deux rois eux-mêmes ont un statut de prêtres : ils ont la charge des sacrifices publics, qui sont très importants, surtout en temps de guerre. Avant le départ d'une expédition, on sacrifie à Zeus Agétor, au moment de passer la frontière, c'est à Zeus et Athéna, avant la bataille à Arès Ényalios. Le respect des rites, des fêtes religieuses et des signes divins se manifeste dans beaucoup d'anecdotes, où les Spartiates renoncent au combat devant des augures défavorables, ou des manifestations comme des tremblements de terre.

Caractères archaïques

La religion à Sparte frappe également par ses aspects archaïques. Ainsi, on trouve des survivances de cultes non anthropomorphiques (Boiai, en Laconie, vénère un myrte sous le nom d'Artémis sôteira). Pausanias parle également de 15 xoana (ξόανον) en Laconie, dont 6 à Sparte — statues de bois à la représentation grossière, antérieure à la religion olympique. L'archaïsme se retrouvce également dans les fêtes religieuses spartiates (voir Gymnopédies, Hyacinthies et Karneia), et dans certains sacrifices (sacrifice à Hélios de chevaux sur le mont Taygète).


Un « mirage spartiate » ?

L'éducation spartiate et de manière générale le militarisme ambiant, a fait l'objet de beaucoup de curiosité, devant une civilisation si étrangère aux coutumes du reste de la Grèce. Elle a également engendré beaucoup d'admiration, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, à la fois devant les réussites militaires et la longévité du système politique.

La sclérose intellectuelle fut totale : l'éloquence fut remplacée par le laconisme ; la céramique spartiate, élégante au VIe siècle av. J.-C., devient brouillonne et rustique ; le poète Tyrtée (VIIe siècle av. J.-C.) n'a pas de successeurs ; la sculpture se réduit à quelques traits schématiques.

Les aristocrates athéniens du IVe siècle av. J.-C comme Xénophon, étaient des admirateurs convaincus de Sparte. Platon se servit de Sparte comme modèle de cité idéale dans Le Banquet et dans Le traité des lois. Les philosophes français comme Rousseau admiraient le dévouement du Spartiate à sa patrie, et seul un Voltaire préférait la démocratie d'Athènes. Une partie de l'érudition allemande (Karl Ottfried Müller, particulièrement dans Les Doriens, et Werner Jäger), et certains Français comme Maurice Barrès (Le voyage de Sparte) y ont vu le génie de la « race » dorienne, l'« incarnation d'une politique consciemment raciste, guerrière et totalitaire » (H.I. Marrou, Histoire de l'éducation dans l'Antiquité).

Au contraire, l'historien Henri-Irénée Marrou dénonce le « mirage spartiate »  (expression inventée par François Ollier) : « loin de voir dans l'ἀγωγή une méthode sûre pour engendrer la grandeur, j'y dénonce l'impuissance radicale d'un peuple vaincu qui s'illusionne ». Pour lui, le malheur de Sparte est d'avoir mûri trop tôt. En voulant préserver l'héritage de l'époque archaïque, où Sparte connaissait aussi bien l'éducation militaire que les arts, elle s'est « crispée dans une attitude de refus et de défense, elle n'a plus connu que le culte stérile de la différence incommunicable ».

Sources historiques

Sources textuelles :

Sources archéologiques :

Voir aussi

Bibliographie