Tabou de l'inceste
Le tabou de l'inceste renvoie à la prohibition de l'inceste présent dans toutes les sociétés, puisqu'on peut considérer que la société naît avec la définition de l'inceste.
Il y a plusieurs théories qui expliquent comment et pourquoi le tabou apparaît. Certains ethnologues affirment que toutes les sociétés possèdent une forme ou l'autre de ce tabou de l'inceste, alors que d'autres en contestent l'universalité.
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2 L'explication du tabou de l'inceste 3 Travaux théoriques majeurs 4 Voir aussi |
Les citations ci-dessous proviennent de Notes and Queries, un des ouvrages anglo-saxons les plus reconnus dans la recherche ethnographique et donne une idée du champ étudié.
Ethnologie
Comme cet extrait le suggère, les anthropologuess s'intéressent à l'écart entre les règles de la culture et les pratiques réelles, et de nombreux ethnologues ont observé que l'inceste a lieu dans des sociétés qui ont des interdits de l'inceste.
On peut remarquer que dans ces théories les anthropologues ne sont pas seulement concernés par l'inceste entre frère et sœur, et n'affirment absolument pas que toutes les formes d'inceste sont tabous (ces théories sont encore plus compliquées par le fait que différentes sociétés définissent la parenté de manières différentes, et parfois de manière éloignée). De plus, la définition se limite aux relations sexuelles formelles. Cela ne veut pas dire que d'autres formes de contacts sexuels n'ont pas lieu, ou sont interdites ou autorisées.
Dans ces théories, les anthropologues s'intéressent aux règles du mariage et non pas au comportement sexuel (au sens le plus large). En résumé, les anthropologues n'y étudient pas l'inceste lui-même ; ils demandent de définir le terme inceste, d'indiquer quelles en sont les conséquences, dans le but de décrire les relations sociales dans la communauté.
Cet extrait suggère aussi que le lien entre les pratiques sexuelles et maritales sont complexes et que les sociétés distinguent plusieurs sortes de prohibitions.
En d'autres mots, même si un individu ne doit pas se marier ou avoir des relations sexuelles avec certaines autres personnes, d'autres relations sexuelles peuvent être interdites pour d'autres raisons et avec d'autres sanctions.
Par exemple, les habitants des Iles Trobriand interdisent les relations sexuelles aussi bien entre un homme et sa mère qu'entre une femme et son père, mais ils décrivent ces interdits de manière très différente. Les relations entre un homme et sa mère font partie des relations interdites entre membres d'un même clan ; les relations entre une femme et son père n'en font pas partie.
Cela vient de ce que les liens de cette sociétés sont matrilinéaires et donc les enfants appartiennent au clan de leur mère et pas à celui de leur père. Ainsi, les relations sexuelles entre un homme et la sœur de sa mère (ou la fille de la sœur de sa mère) sont considérées comme incestueuses, mais les relations entre un homme et la sœur de son père ne le sont pas.
C'est ainsi qu'un homme et la sœur de son père auront souvent une forme de flirt, et un homme et la fille de la sœur de son père pourront choisir d'avoir des relations sexuelles ou de se marier.
Les exemples dans d'autres sociétés révèlent encore d'autres variations sur la compréhension et la définition locale de la notion d'inceste.
Dans les sociétés chinoises, le tabou contre le mariage de personnes portant le même nom de famille est très fort (quel que soit la distance dans la parenté).
Il y a aussi de nombreux tabous contre le mariage de personnes portant certains noms de famille parce que ces noms appartiennent à des clans qui étaient proches dans le passé.
De la même façon, le mariage entre cousins germains est interdit dans certaines juridictions contemporaines, mais il est légal et acceptable dans d'autres.
Même si les anthropologues ont observé et étudié de nombreuses violations du tabou de l'inceste (plus simplement, ils ont observé des cas d'inceste), toutes les théories de l'anthropologie s'intéressent à l'interdit formel contre l'inceste (tel que défini localement), et non pas aux cas d'inceste eux-mêmes (quelle qu'en soit la définition).
Ces théories sont motivées par deux questions essentielles :
Une théorie affirme que le tabou exprime une révulsion psychologique que les personnes ressentent naturellement à la pensée de l'inceste. Mais la majorité des anthropologues rejettent cette explication, en se fondant sur le fait que l'inceste a effectivement lieu.
Une autre théorie affirme que le respect du tabou réduirait le taux de défauts congénitaux causés par les relations sexuelles entre parents trop proches. Premièrement, la proximité des parents n'implique pas directement des défauts congénitaux, mais elle augmente la fréquence des homozygotes.
Un homozygote codant un défaut congénital produira des enfants avec des défauts à la naissance, mais les homozygotes qui ne codent pas un défaut vont plutôt réduire la fréquence des porteurs dans une population. Si des enfants nés avec des défauts meurent (ou sont tués) avant de se reproduire, on obtient le même effet de réduction de la fréquence du gène défectueux dans la population.
Deuxièmement, les anthropologues ont fait remarquer dans le cas des îles Trobriant que la distance génétique entre un homme et la fille de la sœur de son père et entre un homme et la fille de la sœur de sa mère est la même. L'interdit contre les relations n'y repose donc pas sur des préoccupations strictement biologiques.
Enfin, Claude Lévi-Strauss a affirmé que le tabou de l'inceste est un interdit contre l'endogamie, son effet est d'encourager l'exogamie. A travers l'exogamie, des maisons ou des lignées autrement sans lien vont former des attachements maritaux qui renforcent la cohésion sociale et la solidarité.
On peut voir une explication du tabou de l'inceste dans une partie de la Théogonie d'Hésiode : le passage de Pandore. Pandore n'est pas la première femme, mais c'est la femme par laquelle le statut de la femme dans les sociétés grecques est fixé, ceci montrant bien la fonction d'un mythe, expliquer une état de fait par un récit. Dans la Théogonie, les humains vivaient sans règles lorsque Pandore leur fut donnée par les dieux, celle-ci symbolise dès lors la fonction essentielle de la femme, maintenir les liens sociaux. En effet, si chaque famille conserve ses femmes (c'est à dire si les femmes d'une famille n'épousent que des hommes issus de la même famille), il n'y a pas d'alliance possible entre familles, donc pas de société humaine. Il n'y a que des groupes. La fonction première des femmes est donc d'être donnée, échangée, afin que les familles soient alliées, et qu'une société existe (voir à ce sujet le système du don et contre-don, fondateur des relations dans les sociétés primitives).
Cette théorie a été débattue intensément dans les années 1950 par les anthropologues. Une grande part de son attrait provient de ce que l'étude du tabou de l'inceste permettait de traiter simultanément des centres d'intérêt plus fondamentaux pour les anthropolgues de cette époque : comment décrire les relations sociales dans une communauté, comment ces relations sont-elles favorables ou défavorables à la solidarité dans le groupe ?
Toutefois, le consensus s'est fait parmi les anthropologues et - avec la guerre du Vietnam (surtout pour les Américains) et l'ensemble du processus de décolonisation de l'Afrique, l'Asie et l'Océanie (surtout pour les Européens) - les intérêts des anthropologues se sont tournés vers d'autres questions que la description des liens sociaux.
L'explication du tabou de l'inceste
On remarquera que ces questions restent sans rapport avec les effets spécifiques que l'inceste peut avoir sur les personnes (un sujet qui est naturellement laissé aux psychologues).Travaux théoriques majeurs
Voir aussi