The Tribologie reference article from the French Wikipedia on 27-Jul-2004
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Tribologie

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Le mot tribologie, construit à partir des racines grecques tribein, frotter et logos, discours, étude, a été proposé en 1968 par G. Salomon pour désigner la science qui étudie les phénomènes susceptibles de se produire lorsque deux corps en contact sont animés de mouvements relatifs.

La tribologie s'intéresse aussi aux diverses méthodes qui permettent de donner un "bon comportement" à ces contacts, sachant que les organes mécaniques "lâchent" bien plus souvent aujourd'hui par leurs surfaces que par leur volume. Son étude s'impose pour de nombreuses raisons :

Ce sujet d'une rare universalité nous conduira à explorer de très nombreux aspects des sciences et des techniques : frottement et adhérence, bien sûr, mais aussi cristallographie, physicochimie des surfaces, thermodynamique, thermochimie, résistance des matériaux, pressions de contact, usure, lubrification, matériaux, traitements thermiques, traitements de surfaces ...


		

Table of contents
1 La devinette ...
2 Introduction
3 Des difficultés particulières ...
4 Quelques manifestations du frottement
5 Diverses approches de la tribologie
6 Modélisation des actions de contact
7 Les causes du frottement
8 Nature et comportement des surfaces
9 Les différentes formes d'usure
10 Matériaux utilisables pour le frottement
11 Traitements et revêtements de surfaces
12 Lubrifiants
13 Applications concrètes
14 Facteurs de frottement
15 Bibliographie

La devinette ...

est désormais à la page usure. Vous pouvez continuer à chercher ce qui s'est passé !

Introduction

"Frote ses dois, frote ses mains", écrit le poête Gautier d'Arras au XIIe siècle. L'origine du verbe frotter se perd dans la nuit des temps.

Il est étrange que les mots frotter, frottement, frotteur, friction, soient utilisés dans le langage courant aussi souvent et avec des sens aussi divers, dans des expressions comme :

Tout être humain pratique le frottement comme Monsieur Jourdain pratiquait la prose. Il suffit, pour s'en convaincre, de considérer à quel point nos gestes les plus courants intègrent les forces de frottement. Ces forces, techniciens et ingénieurs doivent apprendre à les utiliser autant qu'à les combattre. La maîtrise de l'usure et de la durée de vie des machines est d'ailleurs, dans nos Sociétés où l'humanisme cède trop souvent la place à des "valeurs" d'une toute autre nature, une arme économique redoutable.

Que serait notre monde sans frottement ni adhérence ? Imaginons nos voitures et nos trains patinant sans espoir d'avancer, si ce n'est dans les pentes descendantes, quant aux vélos ... Impossible de lacer nos chaussures, d'ailleurs inutiles car nous ne pouvons plus marcher. Plus de nœuds de cravate, ni de tas de sable, ni d'assemblages cloués ou vissés, ni d'échelles appuyées aux murs. Un monde sans frottement serait aussi invivable qu'un monde avec des frottements décuplés ...

La tribologie est trop peu enseignée, pour de multiples raisons. Les responsables des programmes pédagogiques ignorent eux-mêmes à peu près tout de ce domaine et de ses aspects économiques. L'absence presque totale de lois physiques reconnues interdit les brillants exposés et les savants calculs qui "valorisent" leurs auteurs ; la masse considérable de connaissances encyclopédiques nécessaire à un enseignement sérieux ne peut être acquise qu'au fil des années. Ici, l'expert que l'on interroge doit bien souvent avouer son ignorance ; avançant lui-même à tâtons, d'autant plus qu'il s'est aventuré plus loin, il n'a pas le beau rôle. En outre, les données vraiment utiles sont plus dispersées dans le flot des publications et la masse des idées reçues que les pépites dans le sable des torrents.

N'est-il pas étonnant par exemple de constater que sur 100 roulements à billes ou à rouleaux détruits, 9 seulement ont péri par le processus d'usure "naturel" qui sert de base à leur calcul ... En fait, les deux tiers des avaries sont dues à des défauts de lubrification et/ou de montage, au sens très large du terme, et ces questions-là ne sauraient être traitées à l'aide de quelques équations.

Partager ses connaissances, ouvrir des portes sur l'inconnu, offrir aux lecteurs l'occasion d'être curieux, est passionnant. Mais enseigner la technique n'est pas seulement faire un "arrêt sur l'image", c'est aussi réfléchir à son évolution. C'est pourquoi nous ne manquerons pas d'évoquer aussi les aspects historiques du sujet.

Des difficultés particulières ...

Le frottement ne se laisse pas découvrir facilement. Chacun de ses aspects, pour être compris, nécessite la compréhension de beaucoup d'autres.

"Cette question des frottements est une des plus complexes qu'ait à connaître le mécanicien : les phénomènes observés y sont fonction d'un nombre remarquablement élevé de facteurs ; eux-mêmes sont des notions fluctuantes dépendant de plusieurs variables et s'imbricant les uns dans les autres" , écrit Jean-Jacques Caubet (Théorie et pratique industrielle du frottement).

Savoir comment une craie écrit sur un tableau, ou un crayon sur du papier, ne permet pas de pronostiquer qu'un objet A écrira sur un objet B. A cause des phénomènes de frottement, les calculs théoriques ne suffisent pas pour faire fonctionner les machines à coup sûr. Les techniciens et ingénieurs doivent disposer d'une panoplie de solutions éprouvées et connaître les erreurs à éviter. Bien que l'expérience de l'humanité soit relativement riche, maints problèmes apparemment anodins n'ont reçu à ce jour aucune solution vraiment satisfaisante : par exemple, on ne sait pas très bien fixer les tuyaux ... et celui qui trouvera LA solution sera à l'abri de la misère pour plusieurs siècles.

Quelques manifestations du frottement

Elles ne sont pas toutes évidentes !

Résistances passives

Le frottement et l'adhérence engendrent des efforts mécaniques (des forces et des couples) dont la principale caractéristique est de contrarier systématiquement ou d'empêcher les mouvements relatifs et les déformations des objets. Ces efforts prennent naissance non seulement au niveau des surfaces en contact, mais aussi au sein même des matériaux solides ou fluides qui se déplacent ou se déforment. Le frottement n'est pas un problème à deux dimensions mais bel et bien à trois dimensions !

Sans que nous y prêtions attention, nos gestes quotidiens intègrent les données du frottement. Quand nous saisissons un verre de bière, le volant d'une automobile ou le manche d'un outil, nous "réglons" instinctivement la contraction de nos muscles. Lorsque les forces de contact prennent, à notre insu, des valeurs inhabituelles, les accidents surviennent. Tel objet fragile devenu glissant nous échappe des mains et se brise sur le sol. Nos pieds glissent soudain sur une plaques de verglas, sur un sol de bois mouillé ou sur quelque amas nauséabond de matière molle traitreusement déposé sur le crottoir (non, ce n'est pas une faute de frappe) que nous parcourons. Les glissades intempestives dans les salles de bain, lieux de tous les dangers, sont la cause de 90 % des bras cassés : vous en déduirez ce que vous voulez ...

Echauffement

L'énergie mécanique perdue par frottement, transformée en chaleur, est généralement irrécupérable et parfois très difficile à évacuer. Les calories produites par le frottement d'un crayon sur une feuille de papier n'empêchent personne de dormir, mais il n'en est pas de même lorsque l'on conçoit les freins d'un train à grande vitesse ou a fortiori ceux d'un avion de ligne. Les aspects thermiques du frottement peuvent avoir des conséquences inattendues.

Usure

L'usure, multiforme, souvent paradoxale, ne peut être réduite à une simple perte de matière. Sous ce terme se cachent des phénomènes extraordinairement diversifiés, qui provoquent un ensemble de transformations géométriques et physicochimiques des couches superficielles soumises au frottement.

L'usure provoque des pertes économiques énormes mais elle n'est pas toujours nuisible. L'usure de la craie sur le tableau permet au professeur de communiquer des informations à ses élèves. Les usinages par abrasion (affûtage, meulage, rectification, rodage pris dans ce sens) ne sont rien d'autre que de l'usure ; on cherche alors à enlever le maximum de matière avec un minimum d'énergie, tout en laissant sur les pièces des surfaces utilisables.

Bruits et sons musicaux

Les vibrations dues au frottement sont un phénomène très banal. Les portes qui grincent, les freins de poids lourds qui hurlent dans la nuit, l'excitation de la chanterelle d'un violon par l'archet du Maître, en sont des exemples.

En 1829, Gustave-Gaspard Coriolis a indiqué que la production de vibrations est particulièrement forte quand le frottement produit peu d'usure, et inversement. En tenant la craie "comme il faut", nous formons sur le tableau un dépôt large et opaque, en silence. En la tenant "mal", nous engendrons des crissements plus ou moins discordants ou d'autres types de sons, dont nous reparlerons plus loin.

Triboélectricité

Thalès de Milet a décrit comme "familière" la propriété de l'ambre jaune (elektron) qui acquiert par frottement le pouvoir d'attirer de menus objets.

Elle était comme l'ambre et moi comme la paille, dit une vieille romance persane, elle me touchait et je restais accroché à elle ...

La triboélectricité produit facilement des tensions très élevées, redoutables en raison des risques d'incendie, de destruction de composants électroniques ... Elle se produit avec les solides mais aussi avec des liquides coulant dans des conduites ou des gaz en mouvement : on doit brancher le camion-citerne sur l'avion qu'il vient ravitailler, pour les mettre au même potentiel.

Triboluminescence

La luminescence est une émission lumineuse d'origine autre que thermique. La lumière issue de corps frottés ou broyés, sucre, sel gemme, craie ... a été décrite dès le XVIe siècle. Pour la percevoir, il faut s'habituer à l'obscurité pendant quelques minutes, le temps pour la rhodopsine de se reformer dans la rétine.

Dans l'obscurité, on peut écraser avec une pince des bonbons durs diversement parfumés, tels les "bonbons anglais" parfumés au salicylate de méthyle et autres arômes plus ou moins chimiques. Selon la nature des arômes, colorants et autres additifs qui "dopent" le sucre, l'émission peut notablement varier en couleur et en intensité. La saccharine, édulcorant utilisé par les diabétiques, ou encore des morceaux d'acide tartrique, font merveille. A défaut, frotter du sucre avec un couteau ou décoller un morceau de ruban adhésif ...

Il faut remarquer que la triboluminescence ne survient qu'avec des isolants électriques, jamais avec des conducteurs.

Réactions chimiques

Les surfaces subissent de nombreuses transformations, y compris diverses sortes de corrosion amorcées ou favorisées par frottement. Il y a là de nombreux pièges dans lesquels ne manquent pas de tomber les novices et qui de toute manière donnent bien des soucis aux gens d'expérience.

Le cas le plus fréquent est celui où il faut faire frotter deux composants mécaniques l'un contre l'autre dans un milieu physico-chimique plus ou moins hostile. Après avoir choisi deux matériaux réputés (individuellement !) résistants à ce milieu, disons au hasard un acier inoxydable passivé par le molybdène et une résine phénolique, on lance la fabrication, on assemble le mécanisme, on met en marche ... et surprise, les matériaux se corrodent ...

Odeurs

C'est une conséquence du déclenchement de réactions chimiques, de nombreuses substances émettent par frottement des odeurs caractéristiques. On le vérifie aisément en entrechoquant deux rognons de silex ou en perçant certaines matières plastiques. Sir Robert Boyle a signalé l'odeur fétide émise par frottement du verre.

Un doigt passé sur du plomb ou un métal contenant du plomb prend une odeur caractéristique qui permet, par exemple, de distinguer rapidement un acier ordinaire d'un acier à usinabilité améliorée contenant 1 à 1,5 % de plomb. Evidemment, cette méthode d'analyse immédiate tombe en défaut les jours de rhume, mais si vous avez un jour fait l'expérience, peut-être éviterez-vous un jour d'acheter un bijou contenant 95 % de plomb durci que l'on aura tenté de vous faire passer pour de l'argent massif !

Frottement et électrons périphériques

On peut à juste titre maintenant se demander ce qui peut bien relier des faits apparemment aussi disparates.

Les phénomènes "macroscopiques" comme l'échauffement, les vibrations, ... mettent en jeu les masses, les raideurs, la conduction thermique, etc. et on est à peu près en mesure de les étudier directement grâce aux lois habituelles de la mécanique et de la thermodynamique.

Les autres phénomènes nous obligent à réfléchir sur ce que veut dire exactement le mot "surface". Vue du large, la dune du Pyla, vers Arcachon, France, se découpe en douces formes arrondies bien distinctes sur un fond de ciel bleu (il fait toujours beau en Gironde). Des parapentistes profitent des courants ascendants provoqués par ce relief isolé au milieu d'une vaste étendue plate. Si l'un d'eux fait une fausse manœuvre et pique tête baissée vers la Dune, il va vite constater qu'il existe bel et bien une séparation entre deux milieux distincts. Pourtant, la Dune du Pyla n'a pas à proprement parler de surface, puisqu'elle n'est rien d'autre que le tas de sable le plus haut d'Europe.

D'où la question qui, je le sens, vous taraude : les petits grains de sable ont-ils une surface ? Si nous les regardons dans le creux de notre main, ils nous apparaissent plutôt brillants mais vus au microscope électronique à balayage ils montrent un autre visage, plein de bosses, de crevasses, de rayures, de porosités, ... mais c'est encore une apparence ! Le microscope à effet tunnel nous permettrait d'y localiser les atomes, que nous pouvons nous représenter sous la forme d'un noyau très massif entouré d'un "nuage" d'électrons qui gravitent autour de lui.

Même si cette représentation est très grossière, imaginons qu'un "solide isolé" est un ensemble d'atomes et de molécules liés "rigidement", qui baigne dans un autre milieu "fluide" (atmosphère ou autre) composé quant à lui d'atomes et de molécules plus ou moins libres de se déplacer. Qui est aux premières loges lorsque deux solides frottent l'un contre l'autre ? Les électrons périphériques des atomes "extérieurs" de ces solides, qui sont directement concernés par les transferts d'énergie dûs au frottement !

Arrachés ou rapportés en surnombre, ces électrons sont responsables de l'apparition de charges électriques positives ou négatives. Passant à un niveau d'énergie supérieur, dont ils redescendent en émettant des photons, ils provoquent les phénomènes de triboluminescence. Ce sont encore eux qui déterminent les propriétés chimiques des élémentss et que l'on appelle électrons de valence.

On comprend mieux dès lors que tous les phénomènes physiques et chimiques qui mettent en jeu les électrons périphériques peuvent être influencés par le frottement et avoir une influence sur lui. Vaste programme : l'étude théorique du frottement passe par celle des couches électroniques externes des atomes.


Diverses approches de la tribologie

Approche économique

Le frottement et l'usure sont responsables de pertes économiques colossales. Voici quelques exemples chiffrés :


Angleterre :

En 1966, le Department of Education and Science estimait à 1 000 000 000 de livres sterling par an les pertes du pays par frottement et usure. Les économies possibles étaient évaluées à :

On montre aussi dans cette étude que les pertes économiques provoquées par l'usure sont au moins 10 fois plus importantes que celles dues aux forces de frottement.

Notons qu'à cette époque le SMIC représentait 500 F par mois et que l'on a beaucoup manifesté en 1968 pour qu'il soit porté à 650 F, à peu près 100 €. La baguette de pain coûtait 0,37 F et la livre valait environ 20 F.

URSS :

Le frottement et l'usure coûtent 10 à 12 milliards de roubles par an (KRAGELSKY, Développement de la science relative à l'usure, au frottement et à la lubrification des corps durs en URSS, Journal du frottement industriel, n°6, Janvier 1980).

USA :

Une étude (ASME, strategy for energy conservation through tribology, 1977) évalue les pertes dans les systèmes pistons-segments-chemises des moteurs à 0,7 % de la consommation totale d'énergie des États-Unis, soit 100 millions de barils de pétrole par an, coûtant 3 milliards de dollars dont 20 % récupérables en traçant mieux les pièces et en préparant mieux les surfaces.

France :

On a calculé qu'en 1973, le quart du cuivre importé était destiné aux coussinets et autres pièces frottantes, représentant 2,5 % du déficit de la balance commerciale, malgré les solutions de remplacement (traitement de l'acier ordinaire, utilisation de matières plastiques, alliages d'aluminium, ... ).

C'est vrai que ces chiffres ne sont pas très récents, mais l'ampleur du phénomène, à quelques détails près, est la même aujourd'hui. La plupart des innovations décisives dans les domaines du frottement et de l'usure datent du 19e siècle et de la première moitié du 20e, on n'a pas fait beaucoup de progrès depuis !

Approche tribologique

C'est l'approche du chercheur qui, essayant de comprendre les choses, de découvrir des lois et des phénomènes nouveaux, doit étudier de plus en plus finement les surfaces, leurs substrats, ... Le "tribologue" travaille indifféremment à l'échelle de la machine, de la pièce, de l'aspérité, du cristal élémentaire, de la molécule, voire de l'atome ou de l'électron.

Pour étudier le frottement il faut non seulement posséder un vaste échantillonnage de connaissances scientifiques, mais aussi disposer du matériel indispensable : machines d'essais spécialisées ou non, appareils de mesure, d'observation ou d'analyse de toutes sortes. De plus, les expériences peuvent être fort longues : on ne peut pas toujours simuler les phénomènes de frottement par des procédures accélérées qui couramment utilisées dans d'autres domaines.

Bref, la recherche en tribologie n'est pas facile... surtout si se vérifie le proverbe selon lequel "quand on n'a pas de crédits pour faire de la recherche alors il faut faire des calculs". Manque de chance, le frottement ne s'étudie pas, pour l'essentiel, avec des formules.

Toutes ces particularités dissuadent fortement les universitaires qui souhaitent passer une thèse d'aborder les domaines du frottement et de l'usure.

Approche du constructeur

Pendant que les économistes établissent le bilan du désastre que les tribologues essaient de l'expliquer, les constructeurs se débrouillent comme il peuvent, obligés qu'il sont de proposer des solutions aux problèmes qui leur ont été soumis pour réaliser des machines et des équipements fonctionnels. Malheureusement, ils n'ont pas toujours les connaissances de tribologie nécessaires ni les bonnes informations économiques pour agir dans la bonne direction. En outre, ils vivent dans un système économique qui va infléchir, voire pervertir leur action.

Comment expliquer que l'on continue de fabriquer certains mécanismes selon des méthodes archaïques, génératrices de frais de maintenance anormalement élevés, alors que ...

L'enseignement de la construction mécanique ne peut ignorer les pratiques induites par le contexte économico-politique dans lequel il s'exerce.

En théorie, l'Ingénieur utilise les données de l'expérience ou de la recherche appliquée pour concevoir et réaliser des constructions alliant au mieux un coût de revient raisonnable, une durée de vie suffisante, un bon rendement mécanique et un confort d'utilisation acceptable.

En pratique il en va tout autrement. Lorsque la conquête de marchés passe par la vente de produits à prix coûtant ou presque (on n'en dira pas plus car la vente à perte est illégale), il faut bien qu'une entreprise soutire encore quelque argent à sa clientèle. Chacun connaît le prix (et peut deviner le coût) des encres plus ou moins spécifiques pour les imprimantes informatiques. En l'absence d'un juteux marché captif de consommables, il reste la solution du renouvellement artificiellement accéléré et/ou du service après-vente. La responsabilité du constructeur est ici clairement engagée. S'il sait comment calculer la durée de vie d'un produit, il sait aussi comment la réduire à une valeur prédéterminée !

Il n'est pas interdit de penser que certaines pannes à répétition, ou l'échange un peu trop fréquent de pièces dites "d'usure", ou même la défaillance "programmée" de certains équipements (lecteurs ou graveurs de cédéroms qui ont beaucoup de mal à fêter leur second anniversaire ...) ne relèvent pas seulement d'une faute de conception ou de l'absence de matériaux vraiment appropriés.

Les "amours perverses" de la concurrence et du savoir peuvent engendrer, selon les cas, le progrès technologique aussi bien que son contraire ...


Modélisation des actions de contact

Article détaillé : Modélisation des actions de contact

Il n'y a que deux manières d'appliquer des efforts mécaniques sur un objet ou un système matériel : à distance (poids et plus généralement forces de gravitation, actions magnétiques, électrostatiques, ...) et par contact avec d'autres objets ou systèmes matériels. Lorsque l'on fait l'inventaire des efforts appliqués sur un système, il faut donc répondre complètement et exactement à deux questions :

Par le terme actions de contact on désigne l'ensemble des efforts, forces et moments, appliqués par contact sur un système mécanique. La plupart du temps, la répartition de ces efforts est très complexe et difficile, voire impossible à modéliser autrement que par des voies statistiques. Le comportement global d'un pneumatique sur une chaussée peut être étudié sans trop de problème, mais pas le contact, à l'instant "t", entre les sculptures du pneumatique et les aspérités du revêtement.

Pour être efficace, il faut parfois renoncer à tout connaître. Reste à déterminer les limites de l'étude ...

Le mouvement relatif général de deux surfaces en contact peut être considéré comme résultant de la combinaison de trois mouvements élémentaires : le glissement, le pivotement et le roulement. Ces trois mouvements sont empêchés ou freinés par l'adhérence et/ou le frottement.

Il est bien rare qu'une machine puisse fonctionner sans que l'on ait tenu compte des résistances passives. L'ingénieur doit donc :

Dans les deux cas, il doit être capable de définir les phénomènes susceptibles de survenir et de les quantifier, ce qui suppose qu'il puisse créer des modèles aussi proches que possible de la réalité.


Les causes du frottement

Article détaillé : Causes du frottement

Les causes du frottement, telles qu'on les imagine de nos jours, sont multiples et interdépendantes. De tous temps on a cherché à comprendre ce phénomène, avec plus ou moins de succès, par la spéculation intellectuelle et par l'expérience.

C'est aux Anglais Bowden et Tabor que l'on doit d'avoir énoncé pour la première fois des idées claires sur le sujet, mais il est intéressant de considérer les divers cheminements intellectuels qui ont été suivis au cours des siècles.

On a successivement considéré :


Nature et comportement des surfaces

Article détaillé : à venir


Les différentes formes d'usure

Article détaille : Usure

Il est généralement admis que les pertes économiques par usure représentent de 6 à 10 % du Produit National Brut des pays industrialisés. L'usure représente 30 % des causes d'avarie dans les applications mécaniques. L'importance relative des différents modes d'usure est la suivante :

pertes relatives par usure
abrasion 30 %
adhésion 15 %
fatigue de surface 15 %
fatigue thermique 12 %
corrosion de contact 10 %
corrosion 10 %
cavitation 8 %

La vie d'un mécanisme comporte normalement trois phases : rodage, vie utile, vieillesse. L'usure est rapide en début de rodage et pendant la vieillesse.

L'abrasion est due à une des pièces qui lime l'autre ou à un troisième corps plus dur que les deux pîèces. Ici plus encore qu'ailleurs il faut éliminer les débris d'usure.


L'adhésion vient de la solubilité mutuelle des matériaux des pièces. La rupture adhésive des jonctions donne lieu à une usure douce, la rupture cohésive à une usure sévère pouvant aboutir au grippage.

La corrosion est due à des phénomènes chimiques et non au frottement, mais elle interagit avec ce dernier.

La corrosion de contact ronge les surfaces soumises à de petits déplacements tangentiels, à une vitesse exponentielle si le milieu est oxydant.

Les surcontraintes sont dues au passage d'un frotteur trop chargé ou à des efforts de frottement trop élevés. On peut trouver des fissures de tension derrière le frotteur, un fluage par compression devant ce dernier ou des déformations profondes par cisaillement.

La fatigue provoque des piqûres superficielles ou un écaillage par endommagement progressif en profondeur.

L'érosion est une perte de matière par des impacts de particules en suspension dans un fluide.

La cavitation est l'érosion sévère et bruyante par des bulles qui implosent dans un fluide en dépression.

La fatigue thermique est due à des échauffements et refroidissements brutaux et répétés.

Jean-Jacques CAUBET a énoncé 7 règles fondamentales pour le constructeur, mettant l'accent sur l'importance du rodage et sur la nécessité de bien définir les protocoles de fabrication.

Matériaux utilisables pour le frottement

Article détaillé : matériaux utilisables pour le frottement

Le choix d'un matériau de frottement est un problème d'optimisation entre des qualités souvent contradictoires :


Traitements et revêtements de surfaces

Article détaillé : à venir


Lubrifiants

Article détaillé : lubrifiants


Applications concrètes

Article détaillé : à venir


Facteurs de frottement

Article détaillé : à venir


Bibliographie

La liste des ouvrages consultés est très longue, vous la trouverez ici.

Le coût très élevé des recherches tribologiques fondamentales, aussi bien sur le plan matériel que sur le plan humain, explique que les lieux où l'on peut les entreprendre sont très peu nombreux. Voici une quinzaine d'années, deux laboratoires étaient particulièrement actifs, l'un à Londres et l'autre à Moscou. Tous deux ont apparemment sombré corps et biens, si l'on en juge par le tarissement brutal de leurs publications : le premier, à la suite de quelques années de politique thatchérienne, le second, à la suite du naufrage de l'Union Soviétique.

Beaucoup d'organismes ou d'entreprises sont amenés, pour des raisons diverses, à faire de la tribologie appliquée à propos de tel ou tel de leurs produits, de leurs éléments de machines ou de leurs processus de fabrication. Jusqu'à la fin des années 1980, beaucoup de ces recherches étaient publiées dans des revues de haut niveau comme celles qu'éditaient SKF (roulements à billes, à rouleaux et autres produits), Brown-Boveri (construction de gros matériel électrique, de locomotives, de centrales hydrauliques, thermiques, nucléaires, ...), le Centre Technique des Industries Mécaniques (CETIM) et bien d'autres.

Quand ces périodiques n'ont pas purement et simplement disparu, ils ne contiennent plus que des informations générales sans grand intérêt et de la publicité. D'autres revues techniques plus générales, qui se nourrissaient de ces publications, en faisaient connaître la substance au public, ont vu leurs sources d'informations taries et leur contenu s'est terriblement appauvri. C'est l'une des raisons (pas la seule) pour lesquelles la bibliographie mise à votre disposition pourra vous sembler relativement ancienne.

L'Histoire montre que les sociétés humaines n'ont progressé que pendant les périodes où les connaissances étaient mises en commun, où chacun pouvait s'enrichir du savoir des autres. En France, le siècle des Lumières et les Trente glorieuses en sont d'excellents exemples.

Le commerce n'existe que par la rareté.

Rendons rare l'eau pure, nous pourrons alors la vendre en bouteilles, après qu'elle aura parcouru, parfois, des centaines de kilomètres. Certains y trouveront sans doute leur compte mais le bilan global de cette opération sera (est ...) de toute façon affligeant.

Aujourd'hui la véritable information se vend, elle est donc moins diffusée et c'est l'ensemble de l'Humanité qui s'appauvrit. Ici, on entreprend à grands frais des travaux déjà faits ailleurs mais restés confidentiels. Là, on gaspille des heures de travail (et de vie) pour réinventer l'eau tiède. L'enseignement de la technologie s'étiole, les Professeurs ont de plus en plus de mal à faire évoluer leur enseignement. Celui-ci, de ce fait, devient de plus en plus théorique et coupé de la réalité industrielle.

Lorsque l'information cède le pas à la communication, l'avenir ne se présente pas sous les meilleures auspices !